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EN ROUTE POUR FRANGE

J'ai reçu ce matin mon ordre de retour en France.

Dans les quatre murs blancs de mon logis dénudé, je me retrouve, après plus de deux années, à l'heure du départ, entouré des mêmes visages, occupé des mêmes labeurs, l'esprit aussi triste qu'à l'arrivée...

Peuplé de gens généralement quelconques, rassemblés là des quatre coins du monde et qu'un sort commun impose les uns aux autres dans un mélange inquiétant de sang et de mœurs, ce sol de luttes et d'attente n'a jamais cessé un seul moment d'être pour moi l'exil : l'exil morose avec ses regrets et ses amertumes, l'exil ingrat avec ses horizons immenses et vides, l'exil

impie avec ses abandons et ses découragements noirs.

Plus tard, cependant, quand, de retour en France, le désir germera, dans mon esprit au repos, d'une évocation orientale, je revivrai sans doute avec plaisir quelques heures de cette vie nonchalante et matérielle, étendu sur des nattes imaginaires, et souriant à la a coa-gai » absente, transfigurée, les sens perdus dans un assoupissement extatique, au milieu des senteurs mêlées du lotus épanoui des mares, de l'encens bouddhique et de l'opium.

Et dans cette évocation exotique passeront peut-être même alors tout un monde de sensations inconnues jusqu'ici, l'absence et le souvenir donnant aux choses longtemps indifférentes cette éthérisation factice qui les met en lumière et les grandit.

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