OBSERVATION
(Observation clinique communiquée par 2 D° MAISONNABE, d’Aurillac.)
M"° M, 37 ans, vient consulter, en octobre 1950, pour une tuméfaction siégeant au niveau de la région frontale droite, à deux centimètres environ au-dessus du sourcil.
L'interrogatoire de cette malade ne permet de déceler aucun antécédent pathologique notable.
Mariée, mère de deux enfants, elle occupe un emploi dans une administration. Elle a toujours bénéficié d’une excellente santé.
Seul, cependant, attire l'attention, un épisode traumatique, dont aurait été victime M°° M... au début du mois d’août 1948. Se rendant à son travail, elle fit une chute de bicyclette, qui occasionna une plaie frontale superficielle droite,
- L'évolution et la cicatrisation de cette légère blessure furent banales, et la malade n’attacha que peu d’importance à cet incident.
C'est pourtant, au niveau de cette cicatrice que se développe, fort insidieusement, quelques mois plus tard, la tuméfaction frontale dont s’inquiète actuellement M°*° M...
À l’examen clinique, il s’agit d’une tumeur assez importante, du volume d’une noix. Elle est de consistance dure, résistante, osseuse.
La peau qui la couvre apparaît de couleur normale. Elle est assez souple et se laisse plisser entre deux doigts. Par contre, elle paraît plus adhérente aux plans profonds, sa mobilisation est difficile.
La malade ne présente, de par ailleurs.
aucun signe fonctionnel. La tumeur est tout à fait indolore.
Enfin, un examen sous écran, la montre transparente aux rayons X.
L'intervention fut pratiquée au mois de novembre 1950. Elle révèle la présence d’une néoformation qui présentait de nombreuses adhérences cutanées, et dans la profondeur, au perioste.
Les suites opératoires furent normales et sans incidents.
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| Cette observation ne présente, du point de vue clinique, qu’un intérêt mineur.
C’est une tumeur dure, non douloureuse, d’allure évolutive, progressive et chronique.
Ele évoque le diagnostic des tumeurs dures du front développées aux dépens de là peau, du tissu cellulaire sous-cutané ou du tissu osseux sous-jacent.
L'examen Ristolsie est pratiquement indispensable pour en faire le diagnostic.
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Ces néo-lormations peuvent être classées schématiquement en tumeurs bénignes ou malignes. :
a) Les premières sont les plus fréquentes :
Il faut évoquer en premier lieu, au niveau de la peau, la possibilité de dépôts cutanés solides.
Si le cas que nous avons présenté en est un exemple assez caractéristique, il faut le rapprocher des dépôts calcaires, qui succèdent à un traumatisme. Ils réalisent le granulome calcaire souscutané. [Il s’agit de petites tuméfactions succédant à l'inclusion de calcaire au niveau de la peau. D’abord molles, ces formations deviennent pierreuses. Leur évolution est aussi très lente. De ceux-ci, 1l faut rapprocher les concrétions calcaires sous-cutanées et les calcifications secondaires sur des paquets variqueux, par exemple, ou au niveau de tumeurs diverses.
Les tumeurs fibreuses ne sont pas rares. Ce sont les fibromes durs ou dermato-fibromes, et parmi ceux-ci, les fibromes solitaires.
Ils siègent de préférence au niveau du cuir chevelu ou de la face (Leiner-Gottron). Ce sont des masses plus où moins volumineuses de la taille d’une noix à celle d’un orange (Nicolas), arrondies, fermes, enchâssées dans le derme. Elles ne sont pas douloureuses et en général polylobulées. Plus ou moins volumineuses, elles sont souvent groupées en une plaque qui apparaît comme bourrée de grains de plomb (Weissenbach) ou de nodosités (Gottron).
Les chéloïides et les cicatrices chéloïdiennes peuvent se présenter parlois sous forme de tumeurs.
Les sarcoides hypodermiques du type Darier- Roussy sont des formations dures du volume d’un haricot, à celui d’une noix. Elles sont confluentes en placards bosselés. La peau est adhérente.
Signalons la possibilité de vaselinomes (Vanalogue dans une certaine mesure, de notre silicome), qui se présentent comme des tuméfactions dures, sensibles, adhérentes à la peau ; une extension progressive et des métastases sont
possibles.
| Enfin, dans le cadre de ces tumeurs düres et bénignes, les ostéomes sous-cutanées et les exostoses, doivent être signalés. |
.. Les premiers réalisent une hyperplasie conjonctive, rare peut-être, mais qui présente des caractères cliniques assez nets.
Ces ostéomes réunissent dans le derme tous les éléments de la structure réelle de los, et ne sont pas des dépôts amorphes de substances
calcaires.
Ce sont de petites masses en général uniques, de consistance dure, non élastique, bien limitées, et indolores le plus souvent ; leur apparition est très insidieuse,
Le diagnostic le plus probable qui avait été porté chez notre malade, avant l'examen radioscopique, avait été celui d’ostéome.
Les exostoses, spongieuses ou éburniées, se développent au niveau d’un traumatisme osseux. Le périoste, normalement quiescent, récupère sous l’influence des phénomènes inflammatoires, les possibilités ostéogénétiques d’un périoste jeune.
Dans le premier cas, 1l s’agit d’une métaplasie progressive du tissu COROHCU au sein duquel se
trouvent conjuguées les conditions qui en font un nulieu ossihable.
LS, es
Dans le deuxième cas, il s’agit d’un rajeunissement du périoste.
b) Les tumeurs malignes :
Elles sont plus rares, et n’ofirent que peu d'intérêt en ce qui nous concerne. Nous ne les indiquons que pour mémoire, leurs conditions d'évolution étant toutes diflérentes de ce que lon avait pu observer dans notre cas.
Signalons seulement les cylhindromes souscutanés du cuir chevelu qui peuvent, dans un quart des cas, tout en conservant leurs plus grosses masses sur le cuir chevelu, se localiser au niveau des tempes, du nez ou du front. Il s’agit de tumeurs souvent solitaires, de la taille d’une amande, mobiles sur le crâne, de consistance ferme, charnue, un peu élastique.
Les épithéhomas calcifiés de Malherbe, qui sont des tumeurs sous-cutanées de petite taiile, très durec, indolores, un peu saillantes, indéfiniment stationnaires, et qui se localisent fréquemment au visage.
Tels sont les différents diagnostics que posent, en clinique, les tumeurs de consistance dure, pouvant se localiser au niveau de la région frontale. :
L'examen histologique en fait le diagnostic .
Dans notre cas particulier, celui-ci montre, au faible grossissement, un tissu de granulation d'aspect nodulaire pariaitement limité par une coque de tissu conjonctii dense.
Ces formations nodulaires, cerclées d’un mince liseré conjonctil, présentent de nombreux plasmodes multinuclés disposés au hasard, entourés de cellules épithélioïdes.
Mais il existe aussi des cellules Iymphoides. Dans la plupart des nodules, il en chemine seulement quelques.uns entre les cellules épthélioides et les plasmodes multinuclés. Dans d’autres, au contraire, elles constituent l'élément le plus important du nodule.
Les plasmodes sont de taille extrêmement variable, est également variable le nombre des noyeux qu’ils contiennent. À côté d’éléments présentant 4 ou 5 noyaux, d’autres beaucoup plus grands en ont une vingtaine.
En outre, le centre de ces plasmodes présente souvent un état qui, optiquement, paraît être une dégénérescence. [ls contiennent en leur centre, une formation cristalline de forme irrégulière, grossièrement comparable à un crabe ou une araignée. Ces formations ne sont pas colorées par lhématoxyline et présentent les caractères de particules minérales.
Le protoplasme de ces cellules est d’une acidophillie variable. L’éosine teint plus mtensément les cellules présentant cet aspect de dégénérescence vacuolaire, que celles contenant des formations minérales encore parfaitement définissables.
Le tissu conjonctif qui chemine entre les nodules. celui qui constitue autour de la formation une capsule, présente par endroit un infiltrat plus ou moins marqué lympho-plasmocytaire. La coloration de Von Gieson ne permet pas d’y déceler des fibres atteintes de dégénérescence brie noïde. Autour de ces lésions, les vaisseaux sont normaux. La recherche de bacilles tuberculeux a été négative. Il n’y a pas de caséification dans cette lésion. (Cf. Microphotographie.)
L'examen cristallographique pratiqué au laboratoire de minéralogie de la Faculté des
Granulome silicotique sous-cutané. — Notre observation 62 X 400.
AU
Sciences, par M. le Professeur Capdecome a permis l'identification de ces particules minérales : ce sont des cristaux de silice.
Ce fait est rare.
Nous n’avons pu, dans nos recherches bibliographiques, trouver que très peu de documents à ce suljet.
Récemment (mars 1950) J. Sommerville et J. Milne, de Glascow, ont publié un cas analogue de pseudo-tuberculose silicotique, à forme de sarcoïde cutané. L'observation clinique rapportée par ces auteurs se rapproche beaucoup de norte cas personnel. Il s'agissait d’un homme de 53 ans, qui, à 21 ans, avait présenté, au niveau du front et du coude, des plaies par chute de bicyclette. Trente ans après, ce blessé présentait trois lésions modulaires aux mêmes points.
Ces auteurs rappellent à cette occasion les cas publiés jusqu'ici. Ils citent notamment ceux de Shattock (1916), Foulds (1935), Eden et Herbert Burns (1936), etc…., soit dix cas au total.
Dans toutes ces observations l’étude histologique des lésions, et les auteurs insistent sur ce fait, présente un certain monomorphisme. La structure est celle d’un granulome à cellules géantes et épithélioïdes, couronné de lymphocytes. De plus, l'examen aux rayons X ne décelait pas de corps étranger opaque.
En réalité, ce n’est la rareté de ce fait histologique qui nous a frappé. Il ne s’agit en somme que d’un processus réactionnel banal à la pénétration d’un corps étranger.
jar Re se L'observation de ce silicome sous-cutané évo-
quait surtout un rapprochement avec la silicose pulmonaire.
En eflet, la silice au niveau du poumon pro-
be En M di
rot
duit des lésions histologiques différentes. Pour quelles raisons ?
Ceci nous a paru intéressant à étudier. C’est pourquoi nous voulons envisager successivement :
— Le granulome à corps étranger ;
— La description du nodule silicotique pulmonaire, nous réservant dans un troisième chapitre de comparer les deux lésions histologiques et d’essayer une interprétation pathogénique personnelle sur ces deux réactions, si fortement dis- "ANNEES à première vue.