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CHAPITRE II

Inflamation et granulome à corps étranger

La pénétration au niveau de la peau d’un corps étranger est un phénomène banal, fréquemment observé en pathologie.

Sa présence dans l'intimité des tissus, quelle que soit par ailleurs son degré de nocivité propre, va entraîner l’ensemble des phénomènes réactionnels que lorganisme met én œuvre à l'égard de toute agression.

L'influence d’un agent pathogène provoque au niveau du point d'introduction des phénomènes vasculaires et des phénomènes de mobilisation, de multiplication de métamorphose. cellulaires, le mesenchyme récupérant alors toutes ses possibilités évolutives.

L'ensemble de ce processus caractérise linflammation.

Suivant la virulence, le génie pathogène du corps étranger ou du germe, et le terrain, les phé-

nomènes réactionnels peuvent avoir des aspects difiérents :

1° La prédominance des processus vasculaires et humoraux caractérise les inflammations dites «Exsudatives». Les éléments constitutiis du Îoyer inflammatoire proviennent avant tout d’une extravasation sanguine. La réaction vaculosanguine comprend la congestion, hémorragie, l'œdème, la coagulation de la fibrine, la diapédèse. Ces différents éléments pouvant être plus ou moins prédominants, donnent les formes hémorragiques séreuses, œdémateuses, fibrineuses de inflammation.

2° La réaction cellulaire, dans d’autres cas, peut devenir prépondérante au point de constituer la principale manilestation d’un processus inflammatoire : c’est l’imflammation tissulaire, la seule qu'admettait Wirchow. Les réactions du tissu conjonctif dominent l’aspect antomo-pathologique. Dans ce dernier cas, le tissu intéressé prend vraiment la morphologie d’un tissu néoformé. C’est linflammation «productive» de Lubarsch. | |

C'est ce type d’inflammation qui nous intéresse ; c’est le mode habituel de réaction du tissu conjonctif aux corps étrangers.

Deux points particuliers doivent être retenus et étudiés qui caractérisent ce processus réactionnel : Ja phagocythose, la modification des éléments cellulaires, donnant naissance au granulome inflammatoire à corps étranger.

a) Parmi les diverses réactions déclanchées, la phagocythose est un fait d’une importance biologique considérable. Ce pouvoir d’englober les corps les plus divers, propriété exclusive chez l'être unicellulaire, reste dans l’organisme des

métazoaires une qualité fonctionnelle prépondérante de certaines cellules appelées phagocvtes.

Les travaux de Conneeim et de Rechlinghausen (1867) ont bien mis en évidence un des éléments de l’inflammation : la diapédèse et l’extravasation sanguine. Les cultures des tissus, la microcinématopgraphie ont corroboré les données fournies par l’examen microscopique et permis d'étudier le mécanisme histologique de la phagocythose, à qui Metchnikoff réduisait linflammation.

Le phagocyte, grâce à ses mouvements amiboïdes, cpate des corpuscules qui se trouvent dans son voisinage. Ceux-ci s’attachent, «se collent » à sa surface visqueuse. Ils sont ensuite introduits dans le corps cellulaire où 1ls s’entourent d’une vacuole dans laquelle s'accumulent des ferments digestifs ; sous linfluence de ces derniers, les corpuscules sont peu à peu digérés et disparaissent ; parois, cependant, ils sont réfractaires aux ferments, et persistent indemnes à l’intérieur de la cellule.

Il arrive même que des microbes phagocytes élaborent des toxines qui déterminent la mort du phagocvyte. Cette mort cellulaire est le premier stade de l’évolution puriforme ou purulente. Si ce pouvoir reste en général l'apanage d’un certain nombre de cellules de l’organisme spécialement adaptées à la fonction phagocytaire, telles que les leucocytes, les histiocytes, les cellules alvéolaires du poumon, la culture des tissus a permis d'établir qu’en réalité un nombre beaucoup plus considérable de cellules était apte à la phagocytose lorsqu'elles se trouvaient dans des conditions favorables à ce processus.

C’est ainsi que de nombreux éléments épi-

téliaux cultivés se comportent comme des. phagocytes (Maximow). Ce fait paraît être lié à un état de viscosité particulière de la surface cellulaire si bien que la phagocytose dépend pour certains auteurs, de la mobilité cellulaire (Ranvier) et d’une manière plus générale, de la modification de leur tension superficielle.

Le terme de phagocyte n’a donc aucune signification morphologique. Il met simplement en valeur une quantité fonctionnelle commune à des cellules qui, par ailleurs, sont de nature et de provenance fort différentes. Certains phagocytes, les polynucléaires neutrophiles par exemple, absorbent des corpuscules de très p:tite taille, des microbes : ce sont «Les Microphages » de Metchnikofi. |

D’autres, telles que les cellules réticulo-ando théliales, les histiocytes, mobilisées, englobent dans leur protoplasme des particules plus volumineuses, voire même des cellules entières : ce sont les « Macrophages » de Metchnikofi.

Toutefois, quels que puissent être le nombre et la variété des cellules à potentialité phagocytaire, 1l n’en reste pas moins vrai que la phagocytose reste avant tout une propriété primitive et londamentale commune à toutes les cellules du tissu conjonctif. Leur aptitude fonctionnelle macrophagique, qu’elle soit à l’état latent ou en pleine activité, que ces cellules soient différenciées ou non, rend bien compte du haut pouvoir antixénique du tissu conjonctif (Dominici, Rubens, Duval). |

b) Les principaux éléments cellulaires que cette réaction locale va intéresser sont variables dans leur morphologie et leur origine.

Les Polynucléaires tout d’abord, ces « Micro-

D'ei

phages » de Metchnikofi, interviennent surtout dans les tissus, dès les premières heures de l’inflammation aiguë. [is sont peu nombreux, inconstants, dans les tissus de granulation d’allure chronique et productive qui nous intéressent.

Les Lymphocytes, ou les éléments lymphocytoides, par contre, se rencontrent plus fréquemment dans les foyers d'irritation ou d’inflammation chronique. Hs se présentent sous leur forme normale. :

Parlois, des modifications histo-chimiques, plus ou moins particulières du noyau ou du protoplasme, leur confèrent un aspect plus ou moins typique de cellules plasmatiques.

Polynucléaires et lymphocytes, éléments adultes du sang, paraissent surtout provenir de la diapédèse. Toutelois, la participation lymphocitaire au processus inflammatoire local n’a pas toujours une origine hématogène. Les travaux de Grawitz,- d'Hircschfeld et A. Wolff, de Carrel et Ebeling, grâce à la culture des tissus et à l'étude des films cinématographiques ont pu démontrer Pamiboïsme des lymphocytes et leur origine tissulaire.

Un dernier groupe de cellules, enfin, de beaucoup les plus importantes, est fourni par le tissu conjonctif in situ.

Les cellules histiocytaires sont des éléments les plus nombreux et les plus actifs du granulome inflammatoire.

Ce sont des cellules d’un type particulier, plus physiologique que. morphologique, mobiles ou non et réparties à peu près dans tout l’organisme. On imdividualise :

1° Les histiocvtes, qui sont des cellules mobiles ou susceptibles de le devenir, le plus souvent

Loge

allongées et munies de prolongements cytoplasmiques, parfois ramifiés, et d’une membrane ondulante. me

2° Les macrophages, autre état fonctionnel de la forme précédente, sont toujours des cellules libres, généralement arrondies, le plus souvent entourées d’une large membrane ondulante qui assure leur mobilisation.

L'un et l’autre de ces types de cellules histiocytaires possèdent une étonnante plasticité. Ils sont susceptibles d’édifier par opposition les uns aux autres de véritables tissus comme le tissu épithéloïde. «L'élément conjonctif tantôt fixé, tantôt mobile, est destiné à parcourir une série de transiormations réversibles, dont le cycle est peut-être illimité, si nous admettons avec Grawitz, que les cellules fixes les plus atrophiées sont des cellules dormantes que les irritations les plus diverses peuvent tirer de leur léthargie. » (Dominici).

Les cellules conjonctives comprennent donc un nombre assez considérable de types cellulaiïres, Car ces cellules se présentent à des états d’évolution et de différenciation diverses mais «qu’il s'agisse d’une cellule indifférenciée, telle que le lymphocyte ou d’une cellule déjà particularisée par son adaptation à une fonction définie telle qu’un fibroblaste, une cellule adipeuse ou une cellule endothéliale, lélément considéré n’en reste pas moins fondamentalement de même nature, de nature conjonctive ». (Rubens-Duval).

Cette permutation constante des types cellulaires d’un même groupe les uns dans les autres, rend bien compte de la notion primordiale de l'unité des cellules du tissu conjonctif, et permet aussi d'établir une autre notion aussi importante,

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