EN LISANT DES VERS DE JOHN BARBER. .'Î^T
Et nous parant tous deux d'un môme nom , Dieu nous emplit l'âme d'amour profonde Pour un sol libre et les jeux d'Apollon. Qu'il ait l'encens de ma reconnaissance, Car nul trésor ne vaut la faculté De bien aimer ce qu'humaine existence A de plus doux, muses et liberté.
Tant d'autres, las! au terrestre rivage. Passent leurs jours si misérablement, ^Que je suis fier de mon lot; seulement Mon cœur désire un dernier avantage.
Oui , je voudrais qu'au bout de mon voyage, Frappé de mort et sous le monument.
Dieu m'octroyât, vieux rimeur, ta fortune. Et que pour moi prodigue- de ses biens. Il fît encor, par grâce non commune, Aux nobles cœurs de mes concitoyens, Vivre mes vers aussi vieux que les tiens.
Deux cents jeunes gens , presque tous de la classe noble, dans l'affaire de Wengrow, s'offrirent de couvrir la retraite des insurgés en se jetant sur les canons russes. Toute cette jeunesse héroïque resta sur le carreau , mais elle sauva le gros du corps insurrectionnel.
Presse du 13 janvier 1863.
0 sublime Pologne ! ô tombeau plein de vie ! Comme un marbre sanglant en vain la tyrannie Pèse sur toi, ton corps est toujours agité, Et tes tressaillements au monde font connaître Que jamais de sa face on ne fait disparaître Un peuple ami du ciel et de la liberté...
Elle s'était levée, et, sur la sombre arène, Elle avait reparu, non l'oeil rouge de haine
Et le poignet armé d'un fusil, d'une faux, Mais douce, sans défense et, dans un saint délire, Avec des chants pieux essayant le martyre, Pour toucher de pitié le cœur de ses bourreaux.
Le cœur de ses bourreaux 1 il fut plus insensible Que le rocher muet sur sa base impassible, Plus froid que le glaçon et plus dur que l'acier. Et quand vers lui monta sa clameur lamentable, Il n'y fut répondu que par l'acte effroyable Du knout injurieux et du plomb meurtrier.
Puis vint le recruteur, pourvoyeur homicide
Des légions du tzar, et dont la main livide
S'abattit nuitamment sur la fleur du pays.
On voulait dépouiller le sol de sa parure,
Et des bourgeons faisant pleuvoir la neige pure.
Aux arbres pour longtemps ôter l'espoir des fruits.
Alors il fallut bien faire parler la poudre, Remanier le glaive et rebraver la foudre,
Et mourir pour mourir, mieux encore valait En Pologne tomber libre et fier sous les balles, Que de finir ses jours loin des terres natales, Aux rangs de l'étranger comme un soldat valet.
Alors tout homme, ayant le feu de la jeunesse Dans les veines, quitta ses proches en détresse, Et jaloux d'accomplir le grand, le saint devoir. Le bâton à la main ou la faux sur l'épaule, Se jeta dans les bois pour y jouer le rôle De sanglant partisan au corps du désespoir.
Alors les plus beaux faits que l'histoire enregistre Reparurent soudain sur ce terrain sinistre , Et l'on vit, comme aux jours du vieux Léonidas, Deux cents nobles enfants au salut d'une armée Se dévouer, et tous de la gueule enflammée Des canons dévorants recevoir le trépas.
Gloire, gloire à ces morts! — Mais quelle barbarie! Ah 1 comme je voudrais que ma chère patrie
Arrêtât pour toujours ce duel assassin, Et couvrant la victime avec sa forte égide, Au nom du bien public et de sa loi rigide, Contraignît le voleur à rendre son larcin !
Oh ! comme je voudrais que la fière Angleterre A la France s'unît par un accord sincère, Et que la libre voix de son haut parlement Dît au tzar : « C'est assez d'oppressives alarmes. Un prince de nos jours ne peut vivre de larmes. Et de sang se gorger impitoyablement! »
Oh! comme je voudrais que la grande Allemagne, Touchée, émue enfin des cris de sa compagne. Ne fût plus à sa vie un obstacle fatal ! L'Allemagne, bon Dieu ! complice du partage. Que je la voudrais voir rougir du brigandage, Se laver du forfait et réparer le mal !
Vains souhaits, dira-t-on, vains rêves de poète, Qui désire ardemment que cesse la tempête,
Et que l'azur du ciel resplendisse à son tour. Vains rêves!... Et pourtant après un long orage, D'épouvantables nuits, des siècles d'esclavage, L'Italie aux abois n'eut- elle pas son jour?
Espérons donc au sien que la Pologne incline, Espérons, car l'espoir est de vertu divine. Et croire à la justice, à son prochain appui , C'est penser que le mal n'est point maître du monde, Et que si long, si dur que soit son règne immonde. Enfant de Dieu , le bien est plus puissant que lui.
•23 février 1863.