L'AIGLE MORT
N'est plus qu'un vain sujet de quolibet stupide. Pour quelques bergerets entourant le chasseur Qui vient de le frapper de sa balle rapide.
Et pourtant cet immense et splendide horizon
Du ciel bleu couronnant les monts aux blanches crêtes.
Ce lac aux flots d'azur 43ordé de frais gazon,
Et tous ces noirs sapins suspendus sur nos tètes;
Ces eaux, ces bois, ces monts, tout ce pays enfin De neige et de verdure était le beau domaine, Oii du matin au soir l'animal souverain Promenait largement son amour et sa haine.
Maintenant, c'en est fait, il ne le verra plus! Ce n'est plus pour ses yeux que blanchira l'aurore; Ce n'est plus pour son aile et ses vols éperdus Que les vents sur les monts frissonneront encore.
Ce n'est plus pour sa chasse aux féroces élans
Que les bois empliront de chants leurs noirs ombrages,
i; AI Ci LE MORT. Ki
Xi pour ciiliiuM- la soif de ses festins sanglants Ouc le lac déplolra son onde aux bleus mirages.
Tant de charme et d'attraits ne seront {)lus compris -Mùme du cœur j)laintit' de sa triste compagne, Qui va, loiii^temps ei-i-antc et poussant de longs cris, Demander son époux à toute la montagne.
Basses-I'yrénécs , l&il .
UN REVEIL D'EMFANT.
U est doux de rôvor, sur une blanche rive,
Au rliythme régulier de la vague plaintive;
Il est doux d'écouter glisser l'aile du vent
Sur les bords anguleux d'un feuillage mouvant;
Par les champs, il est doux, le matin, sur sa tète.
D'entendre retentir les cris de l'alouette,
Et d'ouïr, à midi, dans les plaines du ciel
Le vol harmonieux des faiseuses de miel;
Vers le soir, il est doux, derrière les charmilles,
De se laisser surprendre aux voix des jeunes filles,
Et de prêter l'oreille aux sublimes concerts
UN UKVEIL D'ENFANT. 83
Oiio la clorlio nisti(iiic épcinche dans les airs :
Mais si doux {[uô cos bruits soient, plus doux est encore,
Lorsque d'un feu rosé l'orient se colore.
D'entendre en une chambre, au fond de son berceau.
Un tout petit enfant chanter comme un oiseau.
Si l'on est père, alors ce léger babillage,
Ce gazouillis |)lus frais ({ue l'oiseleux ramage,
Au fond de votre cœur pénétrant doucement,
L^'inonde avec le jour d'un pur ravissement;
Et l'on goûte de Dieu les voluptés profondes.
Lorsqu'à son grand soleil se réveillent les mondes.
Basscs-Pj-icnces, 1831.