‹ SilvesChapitre 54 sur 119 · UN TRISTE ASPECT · texte numérisé non relu

UN TRISTE ASPECT

Ah! dans ses tours lointains mon errante jeunesse A vu peu de pays d'aussi grande tristesse , Et cependant ces lieux malsains, au sourd fracas. Renferment des mortels que tout l'or d'ici-bas Ne ferait fuir du chaume où leur pâleur se cache : Tant l'habitude est forte et tant le cœur s'attache!

Pourville, 1847.

UN VILAliN JEU.

Hirondelle, noire hirondelle,

Au vol prompt et capricieux,

Aucune joueuse de l'aile

Dans les hautes plaines des cieux ,

Soit alouette ou tourterelle,

Ne charme autant que toi mes yeux !

Ah ! qui n'aurait pas à ta vue Des cris joyeux et triomphants, Lorsque tout à coup revenue, Après la neige et les autans.

Ta voix à la terre encor nue Annonce le divin printemps !

C'est toi qui voyant les tempêtes , L'été, s'amasser dans les airs, Avec tes ailes inquiètes, Et plus vite que les éclairs.

Viens raser le bord de nos tètes Et nous dis : gagnez les couverts !

Tout le jour, d'un bec formidable, Tu poursuis les noirs moucherons.

Et le bétail insatiable.

Quittant à regret les gazons, Le soir peut dormir dans l'étable, Sans désagréables frissons.

Comme tant d'autres volatiles.

Loin d'habiter toujours les bois, Tu te plais au séjour des villes ; Et sous la tuile des vieux toits,

Pour tes petits nus et débiles, Tu maçonnes des nids étroits.

Et pourtant cette race humaine , Qui se dit bonne et l'est si peu , Souvent te met le cœur en peine, Et, l'arme en main, sous le ciel bleu. Arrêtant ta course incertaine, De ton trépas se fait un jeu.

Ah ! cher oiseau , douce hirondelle,

Des cœurs ailés le plus aimant,

Si j'avais ton plumage frêle.

Et si dans le pur élément

Je pouvais avec un coup d'aile

Comme toi monter lestement,

Des cieux la plaine inaccessible Serait mes éternels amours; Je m'y tiendrais le plus possible, Je voudrais y couler mes jours,

Et jamais mon aile sensible N'approcherait même des tours.

'Car l'homme est plein de barbarie, Malgré sa force et sa grandeur ; On sent que son âme est pétrie Avec un levain destructeur, Et que le mal fera partie Longtemps encor de son bonheur.

Vallée d'Arqués, 1847.

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