L' HISTOIRE DE STRATONICK
Mais dieux! que devient- il. et combien il regrette Son premier mouvement, iorsqu'en riche toilette. Plus belle que jamais, approche de son lit La reine! A son aspect, il se trouble, il pâlit. L'iris brun de ses yeux fuit sous chaque paupière Comme à l'éclat trop vif dune grande lumièrn. Puis il les rouvre et voit au chevet appuyé Son père qui l'observe avec douce pitié. « Mon fils, cette visite a de quoi vous surprendre, 'Surtout Tair de la reine... Eh bien, veuillez m'entend re Et vous saurez, enfant plus chéri que jamais. Que nous vous apportons moins d'ennui que de pai\ Grâce à mes vœux ardents, l'auteur de toute chose De votre mal caché ma dévoilé la cause ; Vous aimez, et l'objet de vos graves soucis Est ici devant vous, c'est la reine, ô mon fils! Oui, c'est de sa beauté tout innocente et pure Que vous avez reçu la fatale blessure; Mais le père des dieux, qui vous veut ranimiM'. Me révèle que seule elle |)eul vous calmer. Je vous la livre donc, afin (jue Zeus i)ar ellu
l/HISrOIHE DE STKATOMCE. l!»:i
Rende à vos traits pâlis leur flamme habituelle, Que vos yeux égarés reprennent leur douceur, Et qu'on revoie encor sur votre lèvre en fleur Les rires et les chants dont votre voix aimée Emplissait si souvent mon oreille charmée. Prenez, et puissiez- vous dans ce tristo univers Vous enivrer longtemps du bonheur que je perds! » Il dit, et, ce discours achevé non sans peine. Il joint la main du prince à celle de la reine.
Qui pourrait exprimer juste les sentiments
Oui s'agitaient au fond de ces trois cœurs aimants?
Il faudrait pour bien rendre une scène aussi belle
Le suave pinceau de quelque jeune Apelle,
Le ciseau d'un Scopas , ou l'organe divin
Des Muses de Sicile et du Cygne latin...
Comme une jeune fleur par l'air chaud desséchée
Et qui , veuve d'éclat et la tète penchée ,
Au tomber d'une pluie, au souffle d'un vent frais,
Se relève et retrouve aussitôt ses attraits,
De même au doux parler des lèvres paternelles
196 L'HISTOIRE DE STRATOXICE.
Antiochiis reprend ses beautés naturelles.
La force lui revient : un levier incarnat
Ranime les pâleurs de son front délicat.
Étonnés, de son père à Tobjet plein de charmes
Ses yeux errent d'abord, puis, s'emplissant de larmes
Sur le sein paternel débordent à grands flots.
Tout immobile et blanche ainsi que du paros,
l^t croire ne pouvant ses yeux et ses oreilles,
Tant elle entend et voit de choses sans pareilles,
Stratonice a le cœur qui palpite si fort
Qu'il lui semble qu'il va se briser dans l'effort;
Cependant, bouche close et la tête baissée,
Elle laisse sa main oii le roi l'a placée...
Quant à lui , l'œil au ciel , il est auprès des dieux ,
Les implorant encor pour ces deux cœurs joyeux.
Écrit en 1852. Publié en 1856.
UiN TABLEAU DE KAREL DUJARDIiN
A M. CHARLES l'OURNIER.
C'est en été, le soleil se couchant Rougit le ciel, et sa pourpre divine Éclaire un toit de chaume au front penchant Dont le mur craque et menace ruine.
Devant la porte, au bord du o;rand chemin , Se tient assise une humble paysanne Qui, les bras nus et la quenouille en main , Finit sa tâche avant que le déclin Complet du jour la pousse en sa cabane. A terre sont , à ses pieds étendus , Un jeune chien gardien de la chaumine.
198 UN TABLEAU DE KAREL Dl'.lARDlN.
Puis une vache aux grands yeux doux fendus Qui lentement et saintement rumine.
Deux chevreaux blancs, accroupis et repus Gomme elle, font leur sieste sur la dure-, Près d'un garçon dont les habits velus D'un pastoureau dénoncent la figure.
Tel est le groupe : il est simple, indigent. Et pourtant rien n'y déplaît, tant nature Embellit tout d'un regard indulgent Et fait au pauvre une riche parure.
Est-ce tout? Non, au large du sentier, Venant du fond brumeux de la campagne.
Les quatre fers d'un bon genêt d'Espagne Se font entendre, et, ferme en Tétrier. On voit passer un jeune cavalier.
Soudain la femme avec un soin honnête Retient son chien qui voudrait aboyer; Près du cheval, plaintif, penchant la tète. Le bergeret élève son chapeau Et fait au maître une douce r(M]uèlr.
Puis, pour finir cet aimable tableau.