‹ SilvesChapitre 9 sur 119 · LUX · texte numérisé non relu

LUX

L'aube vient de blanchir la cime des hauts monts Et de chasser la brume errante dans les fonds. Bientôt du pur soleil la figure sacrée Apparaît aux confins de la voûte étliérée. A mesure qu'on voit grandir ses rayons d'or, La nature reprend et la vie et l'essor. Un sublime frisson agite les feuillages; Sous le flot lumineux s'inclinent les ombrages; L'alouette, éveillée aux premiers feux du jour. Du creux des blonds sillons jette son cri d'amour. S'élance, et dans l'air bleu dos célestes campagnes Aux mille jeux de l'aile appelle ses compagnes.

Les pâtres à leur tour arrivant dans les champs Font au prince du ciel hommage de leurs chants, Et leurs grands bœufs, foulant à pas égaux la terre. Derrière eux bruyamment aspirent la lumière. Tout s'anime, tout chante, et moi, penseur humain. Comme le sol entier, je laisse mon cœur plein Déborder, et je dis: Salut, père des flammes, Source du mouvement, rénovateur des âmes!

MERIDIES.

Tous les seuils campagnards sont fermés ou déserts. Nul bruit, nulle rumeur ne monte dans les airs. Si ce n'est l'aboi sourd de quelque chien de garde Que le pied d'un passant éveille, et qui regarde. Hommes, femmes, enfants, tout le monde est aux champs. Tous sont au dur travail des blés mûrs et penchants. Là, le soleil, en roi jaloux de son domaine. De l'un à l'autre bout largement se promène; Là, d'un œ-il d'or couvant à plomb les moissonneurs,

11 tire de leurs flancs des torrents de sueurs. Bientôt les traits aigus de la céleste flamme Deviennent si perçants, que plus d'une pauvre âme Laisse sur ses genoux retomber son bras lourd; Les vainqueurs des épis sont vaincus à leur tour. Il faut céder... Cha:un va dans le voisinage Chercher l'ombre d'un mur ou d'un buisson sauvage, Et l'homme, pour un temps se livrant au sommeil, Abandonne la terre à l'amour du soleil.

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