CYNTHIA
Aujourd'hui, Cynthia, tes flammes angéliques Me sont douces encor, mais plus mélancoliques. L'aspect tranquille et pur de tes molles clartés N'éveille plus en moi d'ardentes voluptés. Je n'ai plus le désir d'aller sous les fouillées, De la vapeur des soirs encor toutes mouillées, Attendre, palpitant, le passage incertain D'une robe de gaze et d'un pied de satin. Las 1 je sens que mon cœur sur les terrestres plages Comme ton disque au ciel a vu trop de nuages L'assombrir, et qu'il fut en ses rayonnements. Ainsi que toi, sujet à trop de changements. Puis, lorsque, ramenant sur le sol ma paupière, Je vois les blancs rayons de ta douce lumière Traverser le front noir des bosquets d'alentour, Sur mon être je fais un pénible retour El pense tristement, en mon âme inquiète, A toutes les blancheurs qui sillonnent ma tète.
Fontainebleau, ISô"?.
Que le sort des oiseaux est doux ! Le printemps a pour eux mille grâces charmantes, Des prés verts et des fleurs oii leurs troupes aimantes
Se donnent de gais rendez- vous.
L'été, quand le brûlant soleil De nos champs altérés fait comme une fournaise, Sous l'ombrage des bois ils chantent à leur aise,
Ou bien dorment d'un frais sommeil.
L'automne pour leurs appétits Mûrit dans les vergers la poire succulente , Ou gonfle l'or sucré de la grappe brillante
Sur les ormeaux appesantis.
Puis, quand le redoutable hiver, Nous arrivant du nord sur l'aile des tempêtes, Des grands arbres touffus découronne les faîtes,
Blanchit les prés et glace l'air,
Eux, nous laissant aux durs autans Et fuyant sans regret les rives paternelles. Enfants gâtés des cieux, sur des plages nouvelles
Ils vont retrouver le printemps.
Oiseaux , que votre sort est doux !
Nature en vous créant fut une bonne mère , Si bonne que souvent l'homme, roi de la terre,
Voudrait bien être l'un de vous;
Oui, bien souvent, chers voyageurs.
Quand il sent des soucis les morsures cruelles, Il donnerait soudain, pour le bout de vos ailes.
Ses richesses et ses honneurs ;
Le poète surtout, ce corps
Sans cesse frémissant et tourmenté par l'âme, Le poëte souvent épuisé par la flamme De ses mélodieux accords.
0 sol des lauriers gracieux , Vallons toujours en fleurs de l'antique Sicile, Terre qui tiens encor sur ta fumante argile
La trace vivante des dieux.
Fille des mers, oij la chaleur Et le ciel, toujours pur, toujours plein de lumières. Dissipent, en baignant les humaines paupières,
Les maux du corps et ceux du cœur;
Pays aux éternels attraits.
Que ne puis-je vers toi voler d'une aile agile, Et là vivre et mourir, comme un cygne tranquille,
En chantant sous de verts bosquets!
Fontainebleau, 1857.