L'AIGLE MORT
Ce lac aux flots d'azur bordé de frais gazon,
Et. tous ces noirs sapins suspendus sur nos tôtes;
Ces eaux, ces bois, ces monts, tout ce pays enfin De neige et de verdure était le beau domaine Où du matin au soir l'animal souverain Promenait largement son amour et sa haine.
Maintenant c'en est fait, il ne le verra plus! Ce n'est plus pour ses yeux que blanchira l'aurore; Ce n'est plus pour son aile et ses vols éperdus Que les vents sur les monts frissonneront encore.
Ce n'est plus pour sa chasse aux féroces élans
Que les bois empliront de chants leurs noirs ombrages,
Ni pour calmer la soif de ses festins sanglants
Que le lac déploîra son onde aux bleus mirages.
Tant de charme et d'attrait ne seront plus compris Même du cœur plaintif de sa triste compagne, Qui va, longtemps errante et poussant de longs cris, Demander son époux à toute la montagne.
Basses-Pyrénées, 1831.