UNE PEINTURE DU PRIMATIGE
Nymphes, sonnez du cor, accouplez et liez
Les dogues aux flancs noirs et les blancs lévriers;
Voici que part Diane. En sa course légère,
Elle va de l'Hémus abaisser la fougère,
Et sur les verts sommets , et dans les creux ravins,
Percer de flèches d'or les biches et les daims...
Mais est-ce là Diane? est-ce bien la déesse
Que l'ombre des forêts seulement intéresse,
Et qui ne prend plaisir qu'aux féroces abois
D'une meute fouillant et refouillant les bois?
Diane ! nul apprêt n'éclate sur sa tête :
Un nœud contre l'assaut de la brise indiscrète
Soutient seul ses cheveux , et son corps élancé
Toujours d'une tunique est chastement pressé.
Mais celle-ci, non pas... d'une grâce ingénue, Dans la fraîcheur des bois elle entre toute nue. L'or de ses blonds cheveux forme de beaux dessins Sur son front souriant; la rougeur de ses seins Brille sans voile au jour, et sa jambe divine, Lihre , sans vêtement , pose sur l'herbe fine Un pied d'albâtre ; puis , à chacun de ses pas , Une odeur d'ambroisie émane : ce n'est pas, Ce n'est pas là Diane ! Oh non ! mais Cythérée Qui, prenant de sa sœur et la trousse dorée Et l'arc sonore, au fond des grands bois ténébreux Va surprendre Adonis au milieu de ses jeux.
Fontainebleau, 1835.
LE HETRE.
Il est dans la forêt un magnifique ombrage,
Un hêtre de haut port et dont le vert feuillage
Autour de son fût gris descend abondamment,
Comme une chevelure autour d'un cou charmant.
La flamme du soleil, dans sa course divine,
Matin et soir au front de pourpre l'illumine;
Les vents l'agitent peu ; le rossignol parfois
Se plaît à l'enchanter des soupirs de sa voix.
Bien des couples aimants, cherchant la solitude,
Y sont venus cacher leur douce inquiétude;
Et beaucoup ont gravé sur son tronc vigoureux
Des chiffres qui vivront plus longtemps que leurs feux.
Leurs feux... peut-être, hélas! que ces cœurs pleins d'ivresse
Tout un été n'ont pas conservé leur tendresse,
Et se sont délaissés même avant que l'hiver
Ait à l'arbre ravi son épais manteau vert.
190 RILVES.
Qu'importe?... Ils sont venus sous l'ombrage propice: Ils ont là de l'amour savouré le calice, Et, leur bonheur n'eùt-il duré qu'un seul matin, Ils ont senti la vie et rempli leur destin.
Fontainebleau, 1835.