‹ Silves et rimes légèresChapitre 107 sur 244 · LE MOUCHERON · texte numérisé non relu

LE MOUCHERON

Je le suivais de l'œil , petit être égaré , Sur le tapis moussu de l'humide fourré

Où la muse inquiète M'avait conduit, et là, muet contemplateur, L'insecte, et non le rhythme au murmure enchanteur,

Faisait pencher ma tête.

11 me semblait si triste en ce réduit ombreux, Lui qu'avait enfanté le soleil lumineux,

Que j'en avais grand'peine; L'aile collée au dos, immobile, transi, On eût dit que la mort au cœur l'avait saisi

De sa glaçante haleine.

Mais voilà que, sortant de nuages épais, L'œil rouge du soleil perce les rameaux frais De deux longs jets de flamme;

Et les deux rayons d'or, tombant sur le gazon, A tout le monde obscur de la verte prison Donnent la vie et l'âme.

L'insecte s'en émeut : quittant son lourd repos, Il passe en frémissant ses pattes sur son dos ;

Sa cuirasse légère Étincelle, et, mouvant ses ailerons nacrés, Avec bruit il se perd dans les flots empourprés

De la vive lumière...

0 lux! splendeur du vrai! m'écriai-je aussitôt;

Quel bonheur quand, tombé du grand foyer d'en haut,

Ton feu pur nous inonde !

Privés de tes clartés, comme ce fils des cieux, Nous languissons muets, glacés et soucieux

Dans les ombres du monde.

Mais que le jet divin illumine nos fronts,

Et notre âme s'égaye, et, vainqueurs, nous rentrons

Dans les célestes voies, Et la terre oubliant pour les choses du ciel, Nous buvons, dès ce monde, à la coupe de miel

Des éternelles joies!

Fontainebleau, 1835.

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