‹ Silves et rimes légèresChapitre 108 sur 244 · PRIERE · texte numérisé non relu

PRIERE

O toi que nul cerveau n'a pu comprendre encore, Mais que mon âme sent et que mon cœur adore, O Dieu, maître éternel du monde et des humains, Vers toi pieusement je lève- mes deux mains! Sur ce globe orageux soulage, je t'en prie, Une âme que le mal , comme un tigre en furie , Tient depuis le berceau sous ses ongles de fer Et dont cruellement il torture la chair. Et cette âme , grand Dieu ! c'est une âme innocente, A tes suprêmes lois soumise, obéissante, Une âme dont le bien fut sans cesse le but, Et qui donna toujours plus qu'elle ne reçut. Hélas ! je ne viens pas te demander pour elle Le champ vaste et doré d'une vie éternelle ; Mais, pour le peu de jours qu'il lui reste ici-bas A vivre, la douceur de ne se plaindre pas,

Le bonheur de vieillir sans trop grande souffrance. O mon Dieu! c'est un don facile à ta puissance, Et ce léger bienfait échappé de ta main Ne saurait déranger ton ordre souverain ; Et ce sera beaucoup pour l'être qui soupire, Pour celle dont la vie est un si dur martyre Et qui voit sur son front tomber l'ombre du soir Sans un souffle de paix , sans un rayon d'espoir. O Dieu conservateur, père de la nature, Toi qui prends en pitié la moindre créature, Qui remets dans les bois les ailes de l'oiseau Et rends le mouvement au petit vermisseau, Dieu juste, Dieu puissant, accueille ma prière: C'est l'homme qui te crie en faveur de sa mère !

Page 1