‹ Silves et rimes légèresChapitre 123 sur 244 · LES ROSES ROUGES · texte numérisé non relu

LES ROSES ROUGES

0 Provins! c'est ainsi qu'on tes fraîches prairies Promenant un été mes vagues rêveries Et tes ro^es voyant briller avec éclat, J'essayais d'expliquer leur puissant incarnat. Reportant mon espril au ciel bleu de leur mère Cypris, et caressant L'amoureuse chimère, En elles je cherchais le symbole enchanté Des feux ardents du cœur et de la volupté. Pourtant il me peinait que ces choses divines Eussent reçu jadis les teintes purpurines Du sang d'une déesse, et qu'ainsi leur couleur Fut le triste produit d'un moment de douleur. J'aimai mieux et jugeai comme plus vraisemblable La légende sans nom du vieux temps de la fahle Que je viens de citer, et qui donne à Bacchus L'honneur d'avoir fait naître une splendeur de plus Dans le vert firmament du jardin de la terre. L'histoire, dira-t-on, en est bien mensongère; Je le sais... Mais sur nous quand si tôt vient le soir, Et surtout le chagrin, n'est-il pas doux de voir Les lèvres du plaisir à l'haleine féconde Colorer quelquefois les pâleurs de ce monde?

Provins, 1842.

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