UN TRISTE ASPECT
Misérable hameau de la côte normande,
Quel malheureux hasard, au ciel je le demande,
Jeta là tes destins? Un banc de galets gris
Par la vague montante incessamment meurtris
De la mer défend seul les murs de tes chaumières;
A leur pied , un cours d'eau tout parsemé de pierres
Abreuve maigrement tes pauvres habitants
Que la fièvre aux feux noirs brûle presque en tout temps.
Point d'arbres, seulement des plaques de verdure
Où quelques bestiaux errent cherchant pâture,
Troupeau grêle et plaintif, dont le mugissement
Aux aboîments des flots répond lugubrement...
Ah ! dans ses tours lointain,; mon errante jeunesse
A vu peu de pays d'aussi grande tristesse,
Et cependant ces lieux malsains, au sourd fracas,
Renferment des mortels que tout l'or d'ici-bas
Ne ferait fuir du chaume où leur pâleur se cache :
Tant l'habitude est foric et tant le cœur s'attache!
Pourvillo, 1317.
DILEGTyE THETIDI ALGYONES.
Après le cours léger des voiles dans l'espace,
Rien de plus attrayant que les jeux et la grâce
Du goéland plaintif sur l'abîme des flots...
Je conçois qu'à l'instar des jeunes matelots,
Penché sur un navire ou couché sur la grève,
On passe bien du temps, comme dans un doux rêve,
A suivre les ébats de ce beau fils de l'air.
D'abord sans troubler l'onde il effleure la mer,
Puis planant au-dessus, les ailes immobiles,
Il mire sa blancheur aux vagues indociles ;
Puis s'abattant soudain sur le flot nuancé,
Il s'y berce à plein corps; puis, las d'être bercé,
Il repart, et, fouettant l'onde d'une aile folle,
On dirait un flocon d'écume qui s'envole.
Côts normande, 1847.