‹ Silves et rimes légèresChapitre 143 sur 244 · PENDANT LES JOURNEES DE JUIN · texte numérisé non relu

PENDANT LES JOURNEES DE JUIN

Tandis que sur les quais déserts, fusil au bras,

Nos files attendaient le signal des combats,

Par la ville en stupeur aux vitres ébranlées

Le canon envoyait ses lugubres volées ;

Et chaque coup parti du formidable airain

En écho douloureux me vibrait dans le sein.

Je pensais tristement à tous ces cœurs de femmes

Que nous avions laissés pleins de sinistres flammes,

Et qui , seuls au logis , tremblant pour les absents,

Plus que le nôtre étaient craintifs et frémissants.

Il me semblait ouïr les ferventes prières

Qu'ils répandaient au bruit des armes meurtrières;

Prières d'éloigner des balles en courroux

Leurs pères, leurs enfants, leurs frères, leurs époux;

Car tout ce qui portait le nom d'homme en la rue

Était prêt à combattre , et, de colère émue,

Mon àme maudissait les novateurs sanglants

Qui, mettant tout en feu pour leurs orgueilleux plans,

Nous forçaient à jouer, gens de paisible vie,

Le rôle d'homicide en leur parade impie.

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