L'ENFANT VAINQUEUR
Au Louvre qui n'a vu cette statue antique,
Ce beau marbre où la main d'un maître de l'Àttique
Fit éclore aux éclairs du ciseau triomphant
Un centaure emportant sur son dos un enfant?
L'homme-cheval a beau frapper du pied la terre,
Bondir et se cabrer, ses deux mains par derrière
Pendent en des liens, et l'enfant souverain,
Dans ses cheveux épais passant sa faible main,
Les tire hardiment et comme d'une rêne
S'en sert pour qu'à son gré le centaure le mène;
Et le monstre, pliant sur ses jarrets d'acier,
Obéit sans mot dire au petit cavalier.
Eh bien, je suis semblable à ce pauvre centaure
Qui porte, haletant, le tyran qu'il adore;
J'ai trouvé comme lui mon maître, mon vainqueur,
Dans une frêle enfant, au sourire moqueur,
Aux yeux noirs encadrés de blonde chevelure,
Aux cris impérieux... Et cette créature
De moi, comme de lui, fait tout ce qu'elle veut; De ses moindres désirs mon cœur tendre s'émeut, Et, fier de mes sueurs, dans ma course profonde Pour elle, je le crois, j'irais au bout du monde.
Publié en 1851.