UNE PAGE D'UN VIEUX LIVRE
Plus de donjons armés, de geôles souterraines Et de bourreaux cruels aux ordres des parents ; Le temps a renversé, dans sa course infinie, Tous ces noirs instruments d'ignoble tyrannie.
Mais, hélas ! il n'a pas détruit les vils penchants, La vanité du nom, l'orgueil de la fortune, L'avarice au cœur sec, l'envie aux yeux méchants; Que le bonheur d'autrui constamment importune, Et pour les délicats les chaînes de l'honneur, Plus pesantes cent fois qu'un cachot sans lueur.
Aussi toujours est-il dans les champs de ce monde Bien des êtres martyrs de dures volontés, Bien des cœurs désunis par la haine profonde, Consumant dans l'exil leurs beaux jours attristés, Et, malgré le ciel pur et la terre splendide, Étouffant dans l'espace et mourant par le vide;
Bien des âmes enfin n'aspirant qu'à sortir D'un monde si fatal et si gênant pour elles, Et demandant sans cesse en leur sombre désir Ta bienvenue, ô mort, et le vent de tes ailes, Pour pouvoir à jamais, sous les célestes yeux, Librement se rejoindre aux campagnes des cieux.
Pierrefonds, 185-1. Publié en 1857.