‹ Silves et rimes légèresChapitre 165 sur 244 · ONE PAGE D'UN VIEUX LIVRE · texte numérisé non relu

ONE PAGE D'UN VIEUX LIVRE

Qui, croyant retrouver l'accent d'une voix chère, Bondit à sa fenêtre et s'écria soudain : « Sainte Vierge, rèvé-je! O voix suave et tendre! Clairette, est-ce bien vous, vous que je viens d'entendre?

— Oui, doux ami, c'est moi; c'est Claire, vos amours, Reprit-elle, en quittant sa cachette odorante;

C'est Claire qui vous cherche et vous aime toujours,

Et toujours aimera tant que sera vivante;

Par miracle, j'ai pu sortir de la prison

Où vos mauvais parents me tenaient sans raison. »

Quand Florent reconnut la voix de son amie, Il en fut si joyeux qu'il oublia ses maux ; Il eut l'âme surtout profondément ravie De la savoir au monde et non dessous les eaux, Comme son père, hélas ! par une astuce noire, Avait, depuis un temps, voulu lui faire croire.

« 0 Clairette, fit-il, votre lèvre à mon cœur Chante plus doucement que le plus doux ramage; Mais, pauvre oiseau sorti des rets de l'oiseleur, Où pensez-vous trouver abri contre sa rage? Car si mon père apprend que vous venez de fuir, Et s'il peut vous ravoir, il vous fera mourir.

— Las ! mieux vaudrait pour moi périr de sa main dure Que de garder la vie en l'état où j'étais,

Toujours seule, en des murs froids comme sépulture, Et ne pouvant vous voir ni de loin ni de près. Qu'il vienne donc, ce père, et j'aurai l'heur extrême De mourir écoutant la voix de ce que j'aime!

— O Claire, mon amour, pourquoi parler ainsi? Cueillez-moi dans le pré plutôt quelque fleurette,

Ces roses cloni rôdeur pénètre jusqu'ici, Et qui, venant de vous, charmeront ma retraite. Ce sera grand soûlas pour mon cœur empêché D'avoir aux mains l'objet par votre main touché. »

Clairette sur-le-champ alla cueillir des roses, Et, l'arbre dépouillé de l'ornement divin, Elle fit à Florent passer les douces choses Par l'étroite fenêtre ouvrant sur le jardin. Et lui, les recevant de sa chère maîtresse, Donnait à chaque fleur un baiser plein d'ivresse.

Mais bientôt ce ne fut assez de ce plaisir,

Car plus amour obtient et moins amour est sage;

11 voulut donc encore essayer de saisir

La blanche main de Claire à travers le grillage,

Afin de ressentir, dans un doux pressement,

De son cœur éloigné le divin mouvement.

Et le voilà plongeant son bras par la fenêtre,

Vers Clairette tendant, aussi le sien d'en bas;

Mais, quel que fût le nerf que chacun y pût mettre,

Leurs doigts, leurs doigts tremblants ne se joignirent pas,

Trop haut était le mur, trop épaisses les pierres,

Ce qui fit de leurs yeux tomber larmes amères...

Pauvres et chers enfants! que de fois en lisant

Le récit de vos maux dans la vieille chronique,

J'ai reporté mon âme aux heures d'à présent,

Et tiré de mon cœur un soupir sympathique

Pour ceux qui, tels que vous, au printemps de leurs jours,

Sentent l'éloignement désoler leurs amours!

Il n'est plus, il est vrai, do murailles hautaines Pour contenir le fini des cœurs récalcitrants,

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