‹ Silves et rimes légèresChapitre 169 sur 244 · LES NUAGES · texte numérisé non relu

LES NUAGES

Le soleil à grands flots épanchait sa lumière Dans l'orbe étincelant de la voûte d'azur, Et, comme aux premiers jours, nulle obscure matière De l'éther ne tachait l'océan calme et pur.

De même que l'on voit sur une mer profonde Luire une blanche voile à l'horizon lointain, De môme un blanc flocon dans le bleu qui l'inonde Apparaît balancé par le souffle incertain

Du zéphyre... Bientôt au premier point semblables Surgissent d'autres points; puis, d'instants en instants, Mille et mille flocons, en troupes innombrables, Bondissent dans l'azur comme des agneaux blancs.

Peu à peu ces fragments grossissent, des montagnes Dressent leurs fronts de neige à la cime des eieux,

Tandis que, tout au bas, de profondes campagnes Étalent leurs blancheurs autour de beaux lacs bleus.

O lacs ! qui ne voudrait sur les brises légères S'en aller parcourir vos tranquilles beautés, Et respirer l'odeur des roses printanières Qui paraissent fleurir sur vos bords enchantés?

Peut-être y verrait-on ces formes angéliques A l'aile rouge et verte, au lin éblouissant, Que, si souvent jadis, en ses courses pudiques, L'œil d'Eve rencontrait au paradis naissant!

Peut-être entendrait-on les harpes fraternelles D'un chœur de séraphins qui, descendu des deux, Se fait l'écho charmant des lyres immortelles Qui chantent au Seigneur l'hosanna glorieux!

On sent que près de vous le calme et l'innocence Habitent, et que là l'unique passion Est le désir du bien et, dans sa pure essence, Du vrai beau l'éternelle et sainte vision...

Mais ces grands lacs d'azur et leurs blancs paysages Sont bientôt animés par des reflets plus chauds; Le soleil et les vents, confondant leurs images, Amènent dans les airs des spectacles nouveaux.

On dirait tout d'un coup que de ses mains divines Le chantre de Reg^io, l'Homère ferrarais, Pour les enchantements de nouvelles Alcines Vient de remplir le ciel de superbes palais.

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