‹ Silves et rimes légèresChapitre 175 sur 244 · AU PERE GREGOIRE SHOUWALOFF · texte numérisé non relu

AU PERE GREGOIRE SHOUWALOFF

Encore un vieux débris des âges monastiques Dont la splendeur émeut; encor des fûts gothiques Où le souffle des vents nuit et jour vient gémir, Et qui tirent de l'âme un pieux souvenir. Ils vous disent que là, sur ces restes de dalles Épars, et sous l'arceau des voûtes colossales Qu'un art pur et savant éleva jusqu'aux cieux, Vécurent des humains, calmes, silencieux, Qui, regardant plus loin que la terrestre rive Et la vie estimant une onde fugitive, Eurent pour aborder à des destins meilleurs Bien plus de confiance en l'espoir de leurs cœurs Qu'en toutes les raisons des plus puissantes têtes. Là fut un noble port où, lassé des tempêtes Plus d'un pauvre noyé vint essuyer ses jours. Là, réchauffant son âme au feu des saints amours,

Plus d'un en ressortit plein de nouveaux courages,

Pour retenter encor la vie et ses orages.

Aujourd'hui c'en est fait du refuge sacré,

Le divin oasis est morne et délabré;

La mousse et le lierre en couronnent le faîte;

Les corbeaux à grand nombre y trouvent leur retraite,

Et le temps, chaque joui-, dans son vol incessant,

D'un coup d'aile en détache une pierre en passant.

Qu'importe! l'ouvrier qui laboure la plaine

Entend-il le fracas de sa chute soudaine?

Que lui fait le travail de la destruction

Sur cette masse où l'art épancha son rayon?

Pour lui le vide est là. Tandis que sous la lame

De son coutre luisant le sol fume et s'entame,

11 voit le flot de vie entrer au noir sillon

Avec l'air, et l'espoir d'une riche moisson

Est le rêve charmant que son âme caresse.

Quant à ce corps d'église et sa tour en détresse,

Ce n'est que le débris d'un ancien monument

Bâti pour la démence et le désœuvrement.

La vie ! elle n'est plus dans les lieux où l'on prie,

Mais où l'homme combat le sol avec furie,

Pour en faire couler des torrents de plaisir

Sur tous les corps mortels exhalant un soupir.

O race de nos jours, à la fiévreuse audace,

O rudes conquérants du temps et de l'espace,

Couvrez le globe entier de vos routes de fer,

Et sous la gueule en feu de vos dragons de mer

Maîtrisez les assauts de la vague écumante,

Epuisez les venins de la terre fumante

Et musclez la foudre à nos regards surpris,

C'est votre œuvre, c'est bien!... Mais soyez sans mépris

Pour les nobles travaux du pieux moyen âge.

De loin il peut sembler perdu dans un nuage

Et tout enseveli dans des langes grossiers

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