L'EXTASE
Arrivés au pin, noir ombrage, Où devaient s'arrêter leurs pas, L'adieu leur ôte tout courage Et tous les deux ouvrent les bras.
Alors, dans l'étreinte charmante, Pour la première fois l'amant Sent les lèvres de son amante Frémir sur sa bouche un moment.
Divin élan de la tendresse!
Ce fut comme éclair dans la nuit; Mais de ses sens bientôt maîtresse, L'amante au cœur troublé s'enfuit.
Quant à l'ami, plein de la flamme Qu'Amour sur lui vient d'épancher,
11 en tressaille encor dans l'âme Et du sol ne peut s'arracher.
Ivre de joie, au pied de l'arbre Où l'enchaîne sa vive ardeur, Il reste là, blanc comme un marbre, A savourer son grand bonheur.
Et là, bien que sur la nature Règne en tyran le sombre hiver, Il ne sent rien de la morsure Des vents du nord qui glacent l'air..
Il voit les bois aux fronts moroses De verts feuillages resplendir, La neige se couvre de roses, Le ciel gris luit comme un saphir.
Tout lui rit, et sa voix touchante Exhalée en sons éclatants, Comme l'ardent rossignol, chante Un hymne d'amour au printemps.