‹ Silves et rimes légèresChapitre 194 sur 244 · LE TEMPS DES CERISES · texte numérisé non relu

LE TEMPS DES CERISES

11 me souvient que mon père, Chaque fois l'an, A la Saint-Jean, M'emmenait avec mon frère Promener aux prés Saint-Gervais, Et, chemin faisant, j'entendais

Sa voix fredonner, légère, Ce gai refrain de vieux couplets Dont l'avait bercé sa mère :

Tant que cerise mûrira, Le doux rossignol chantera, Et jeunesse rira.

Là, sans crainte de la dure, Au vaste pied D'un beau noyer,

On siégeait sur la verdure; Puis des cerises l'on mangeait.

Et, tout en goûtant, l'on voyait

Se dérouler sous l'ombrage Le joyeux et frais chapelet

Des enfants du voisinage.

Tant que cerise mûrira, Le doux rossignol chantera, Et jeunesse rira.

0 plaisir de mon enfance, La volupté De chaque été Me rend votre souvenance, Et je revois nos verts gazons.

Les arbres flottants sur nos fronts,

Et nos cerises rougettes S'en allant aux folles chansons Des oiseaux et des fillettes.

Tant que cerise mûrira, Le doux rossignol chantera, Et jeunesse rira.

Mais qu'est devenu mon frère, Ce bel enfant, Si bien vivant?

Qu'est devenu mon bon père, Et même le feuillage frais Des jolis prés de Saint-Gervais?

Tout a disparu de terre; Et, seul, je reste désormais A chanter comme grand'mèrc :

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