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LES DEUX VICTIMES

Sur une croix de lave au grain dur et noirâtre, Pour les dévotions du bon peuple idolâtre Des monts, on a sculpté d'une assez fine main Du plus grand des Hébreux le torse surhumain. Les deux bras étendus, sous le mal qui le brise Sa tête est inclinée : il meurt, il agonise. Mais il n'est pas tout seul en son affreux tourment; Derrière, à sa hauteur, sur l'horrible instrument De mort, on a dressé l'image de Marie, Qui, les deux yeux au ciel, se lamente et supplie... Or comme, émerveillé de ce penser nouveau Dans l'art, j'en témoignais ma surprise tout haut, Un vieillard, qui venait d'achever sa prière, A mes côtés, se lève et dit : « Marie en croix Vous paraît, cher monsieur, chose assez singulière, Et pourtant, quand Jésus fut cloué sur le bois, On dut crucifier du même coup sa mère. »

Auvergne, 1859.

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