ILLUSION
Où va ce beau trois-mâts qui fuit à l'horizon,
Toutes ailes dehors ainsi que l'alcyon?
Sur une mer d'azur, sous un ciel sans nuage,
Doucement, librement et gaîmeut il voyage...
Il apparaît ainsi, du mont où je le vois;
Mais qui sait si là-bas où s'enfonce son bois
Il est aussi paisible? A ce point de l'espace,
La haute et grande mer de ses vagues l'embrasse ,
Et lui fait ressentir, dans ses plis et replis,
Le tangage écœurant et l'atroce roulis.
Puis, sur son pont tremblant peut-être bien qu'il porte
Des êtres accablés de soins de toute sorte,
D'avides cœurs, rongés par les soucis du gain,
Et de pauvres vaincus du travail et sans pain,
Tous malheureux mortels, qui vont changer de terre
Sans changer de tourments et changer de misère...