LE VIEUX CHÊNE
Qui sans cesse débordaient sur la Gaule aux vertes plaines, Dans leur vol épouvanté s'enfuir les aigles romaines; Peut-être que le roi franc dont tu portes le vieux nom Est venu se reposer sur la couche de gazon Qui couvre ton large pied, et là, tandis que la chasse Emportait ses compagnons à travers l'ombreuse masse, Peut-être a-t-il entrevu l'éclat des jours triomphants Par le grand Dieu de Clotilde annoncés à ses enfants ! Noble chêne, ta vieillesse est si profonde, et ton âge Si difficile à savoir, que l'on peut sans vain langage Te donner comme un témoin de ces faits pleins de beauté. Mais surtout ce qui pour moi te revêt de sainteté , C'est que le sol d'où tu sors , toujours ombragé de chêne, A certainement ouï le son des harpes de frêne, Lorsque les druides blancs, d'un pas grave et mesuré, En troupe venaient au bois recueillir le gui sacré. Or, parmi les plus beaux chants que la doctrine celtique Inspirait aux lèvres d'or de la milice bardique, Il en est un dont les vers m'ont su toujours raffermir, Tant ils contiennent en eux d'espérance en l'avenir; Ce sont les vers consolants qui disent que dans le monde, Malgré les retards pervers et plus d'une chute immonde, Trois choses croissent- et vont fleurissant de jour en jour: Science, justice, amour. »
Fontainebleau, 1862.