EN SUIVANT UN CONVOI
Cruel et doux printemps qui fais tout refleurir,
Mais tant mourir aussi, je ne te vois venir
Qu'avec crainte, car Dieu sait combien d'âmes chères
M'ont prises les retours de tes fraîches lumières!
Aujourd'hui môme encore il faut suivre en pleurant
A son dernier refuge un compagnon charmant,
Un indulgent témoin des actes de ma vie,
Léon , mon cher Léon. O poignante ironie
Quand, front bas, le pied lent, portant habit de deuil,
Au jardin de la mort avec son noir cercueil
Nous entrons tristement, le ciel sur notre tête
Rayonnant de soleil met la nature en fête,
La terre nous enivre avec ses floraisons,
Et les oiseaux joyeux nous jettent leurs chansons.
Alors pensant au mort qui va dans cet asile ,
Sous un marbre pesant, muet, froid, immobile,
Dormir d'un long sommeil, somme heureux cependant
Pour qui d'âme et de corps ici-bas souffrit tant, Je déplore du sort cette dernière injure, Et je dis: « Pauvre cœur sensible à la nature, Au doux chant des oiseaux tu demeureras sourd, Tes yeux ne verront plus la lumière du jour! »
3D avril 1S63.