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Ce n'est pas sans plaisir qu'à l'abri d'un manteau Et le corps étendu sur le pont d'un vaisseau , Par une belle nuit de lueurs constellée, Je me sens emporter sur la plaine salée. Mêlée aux sons aigus du cri des matelots, Autour de moi mugit la grande voix des flots ; Le bois de la poulie au faîte des cordages Gémit comme l'oiseau précurseur des orages; La vapeur avec bruit s'épanche en jets fumeux; Mais au-dessus de moi le calme est dans les deux, Et je vois à la voûte infinie et sans voiles Silencieusement resplendir les étoiles.
EN DEBARQUAS T.
Ton poëte terrible, ô ebarmante Toscane , Fit mal de clore à S'ipt les cercles infernaux ; Pour enriebir l'abîme et compléter ses maux, Il devait ajouter les lignes de douane.
sua PISE.
Que de tranquillité dans cette antique ville! Ses quais, ses monuments, tout est paisible et beau; Mais il vous semble aussi que son Campo-Santo L'a prise entièrement, tant elle est immobile!
O noble Child-Harold , inquiet voyageur!
Après tant d'amertume et d'orageuse ardeur, Tu fis bien e:i ces lieux de cbercber un asile : Leur calme convenait au trouble de ton cœur.
LE l'A LAIS L \\1 liliDlCCI.
Sur ta face de marbre, ù vieux palais de Pise, Tu portes une chaîne , et dessous pour devise Apparaissent aux yeux ces mots que l'on sculpta En traits nets et profonds : Alla giornata.
On peut chercher ; pour moi , l'énigme est devinée. Cette chaîne et ces mots, c'est enseigne donnée Que tout ce qui se meut et respire ici-bas Est forçat à la chaîne, et que le dur trépas, Ou ce soir , ou demain , chacun à tour de rôle , Nous fera déguerpir de la terrestre geôle.
A l'LOllENC E.
Il faut d'un caillou blanc noter tous ses bonheurs. Avec le bon Robert, peintre des moissonneurs,
J'ai fait une course aux Cassines.
Ternes étaient les cieux et sombres les collines; Les arbres jaunissants semblaient mourir de froid; On sentait que l'hiver nous tenait sous sa loi; Les choses cependant nie parurent divines.
RIMES DE VOYAG L'.. 405
A PROl'OS DE LA MADONE DU SAC.
J'aime fort ta légende, ô vieil André Sarto! Elle dit qu'un jour, las de ne pouvoir atteindre A l'idéal des traits que tu désirais peindre,
La Vierge et son doux bambino , Tu t'endormis auprès de ton œuvre incomplète ; Mais la mère du Christ, témoin de tant d'ardeur, Quitta soudain les cieux pour prendre ta palette, Et durant ton sommeil acheva ton labeur... Bien des gens souriront à cette étrange histoire , Mais qu'ils voient comme moi ton travail enchanteur! Il est si pur, si plein de grâce et de fraîcheur, Qu'ils seront comme moi , ma foi , bien près d'y croire.