‹ Silves et rimes légèresChapitre 33 sur 244 · LE DÉSESPÈRE · texte numérisé non relu

LE DÉSESPÈRE

Sonnez, cloches du saint lieu, Je ne pense plus qu'à Dieu!

Las! mon cœur s'est fait ermite Depuis le funeste jour Où la passion maudite D'un soldat me prit l'amour De ma gentille Brigitte.

Sonnez, cloches du saint lieu, Je ne pense plus qu'à Dieu!

Depuis ce jour, en lui-même

Mon cœur sombre est retiré;

Mon cœur plus ne cherche et n'aime

Ce qu'il avait adoré,

La nature et l'art suprême.

Sonnez, cloches du saint lieu, Je ne pense plus qu'à Dieu!

0 Brigitte! enfant cruelle, Si tu voulais par hasard Revenir au cœur fidèle, Sache bien qu'il est trop tard Pour lui rendre l'étincelle.

Sonnez, cloches du saint lieu, Je ne pense plus qu'à Dieu!

Hélas ! combien frêles choses Sont les plaisirs de l'amour !

Un peu de vent sur des roses, Le court éclat d'un beau jour.

De leur douceur souveraine Que pouvons-nous retenir?

Presque rien, une ombre vaine, Une idée, un souvenir.

Et plus on va, plus la trace Se perd au cœur oublieux, Plus l'aile du temps efface Le sillon des jours heureux.

Amour, amour, ton délire JN'était fait que pour le ciel, Et non pour les cœurs de cire De l'habitacle mortel !

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