CLYTIE
Toi qui cours à grands pas Vers les plaines humides, Toi qu'attirent les bras Des jeunes Néréides, Retiens ton char de feu, Soleil, je t'en supplie, Et prends pitié, grand Dieu !
De la pauvre Clytie.
Vois comme de mon front Les roses se ternissent !
D'un froid mortel et prompt Mes deux lèvres pâlissent :
Semblable au vent du soir Qui frémit dans l'espace, Sur mon cœur sans espoir Je sens la mort qui passe.
Ingrat qui n'aimes plus Et, dès lors, me délaisses, Souviens-toi, blond Phébus, De mes folles tendresses.
Mais, hélas ! tout amant, Quand la fleur est cueillie, De son baume enivrant Rarement se soucie.
J'ai beau le supplier, Rien n'empêche sa fuite; Les pieds de son coursier N'en volent que plus vite.
Déjà sur ses flancs nus L'onde amère bouillonne, Déjà je ne vois plus Qu'un peu de sa couronne.
Adieu, divin soleil, Cher soutien de ma vie!
Avec ton front vermeil Mon âme s'est enfuie :
Je meurs, mais te suivra Jusqu'au bout ma paupière, Et la mort me prendra En cherchant ta lumière.