‹ Silves et rimes légèresChapitre 55 sur 244 · LE VIEUX PAUVRE · texte numérisé non relu

LE VIEUX PAUVRE

Je vais de hameaux en hameaux Traînant le corps, penchant la face :

Je n'ai rien que mes deux sabots, Mon bâton blanc et ma besace.

Souvent au bord d'un grand chemin Je m'assieds sous le vert feuillage; Et là je montre de la main La route au piéton qui voyage.

Je souris aux petits garçons Qui me disent : Eh! bonjour, père!

Et je leur chante des chansons Pour égayer leur cœur sincère.

Ce n'est que lorsque j'ai bien faim Que je demande aux gens l'aumône :

Ici du vin, et là du pain;

Et presque partout l'on me donne.

Ah! je n'ai pas le cœur méchant, Je suis sans envie et sans ruse , Et je bénis d'un vœu touchant Qui me donne et qui me refuse.

Pourquoi pleurer, pourquoi gémir Sur ma vieillesse vagahonde?

Riche ou pauvre, il faut tous mourir : Moins on a, mieux on sort du monde.

Si je suis bon, je sais que Dieu, Bien qu'ici-ba^ ma part soit mince , Quelque beau jour dans le ciel bleu Me fera plus riche qu'un prince.

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