LE VIEUX PAUVRE
Je vais de hameaux en hameaux Traînant le corps, penchant la face :
Je n'ai rien que mes deux sabots, Mon bâton blanc et ma besace.
Souvent au bord d'un grand chemin Je m'assieds sous le vert feuillage; Et là je montre de la main La route au piéton qui voyage.
Je souris aux petits garçons Qui me disent : Eh! bonjour, père!
Et je leur chante des chansons Pour égayer leur cœur sincère.
Ce n'est que lorsque j'ai bien faim Que je demande aux gens l'aumône :
Ici du vin, et là du pain;
Et presque partout l'on me donne.
Ah! je n'ai pas le cœur méchant, Je suis sans envie et sans ruse , Et je bénis d'un vœu touchant Qui me donne et qui me refuse.
Pourquoi pleurer, pourquoi gémir Sur ma vieillesse vagahonde?
Riche ou pauvre, il faut tous mourir : Moins on a, mieux on sort du monde.
Si je suis bon, je sais que Dieu, Bien qu'ici-ba^ ma part soit mince , Quelque beau jour dans le ciel bleu Me fera plus riche qu'un prince.