‹ Silves et rimes légèresChapitre 74 sur 244 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Après l'amour, ivresse d'un moment,

La plus douce folie C'est de laisser de son cœur mollement

Couler la rêverie, Et d'embellir la voix du sentiment

D'une rime fleurie.

Jeu d'Apollon, ô doux plaisir des vers, Qui de toi ne raffole?

Comme avec toi sous les ombrages verts Le temps léger s'envole ,

Et comme aussi du souffle des hivers Ton charme nous console

A de plus forts , de plus ambitieux ,

J'abandonne sans peine Le fier laurier des fronts victorieux

Et la volupté vaine De revêtir, au cri d'un peuple heureux, La toge souveraine.

Pour moi , mon vœu le plus vif ici-bas C'est un peu de richesse,

Du loisir, et, si Dieu ne me prend pas, Une verte vieillesse

Pour m'enivrer jusqu'au jour du trépas De l'onde du Permesse.

Sous le titre de Silves , dénomination empruntée aux Latins, et signifiant un recueil de poésies sans rapport les unes avec les autres, j'ai rassemblé un assez grand nombre de vers composés ou publiés en dehors de mes œuvres principales, mes satires et mes poëmes. Ce sont pièces intimes , de circonstance , élégies, idylles et inspirations de voyage; quelques-unes remontent à une date antérieure à la révolution de Juillet. Il est peut-être hardi d'attirer l'attention publique sur des œuvres de jeunesse; mais le cœur du poëte est fait de telle sorte, qu'il aime avec autant d'ardeur ses premiers-nés que ses derniers, et qu'il croit dignes d'être lus les moindres vers qui lui échappent. C'est une faiblesse si l'on veut, mais une faiblesse dont il a bien de la peine à se défendre, car elle est son plaisir. Un de mes amis, le regrettable M. Léon de Wailly, disait spirituellement que le crime d'infanticide était rare chez les poètes, et il disait juste. Rien n'est plus douloureux pour eux que le sacrifice des productions de leur cerveau. Il se peut

qu'ils agissent moins par principe de moralité que par égoïsme, mais telle est leur nature. En raison de ces aveux, espérons que le public voudra bien nous accorder quelque indulgence; il verra d'ailleurs notre point de départ, quelles furent nos tendances juvéniles, nos attractions persistantes, et jugera si, depuis l'heure première jusqu'au jour présent, nous avons suivi assez fidèlement dans notre route l'étoile du beau et du vrai.

Décembre 1863.

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