‹ Silves et rimes légèresChapitre 75 sur 244 · A MADAME S. . . NÉE DE SAINT-MORYS · texte numérisé non relu

A MADAME S. . . NÉE DE SAINT-MORYS

Le chêne a des rameaux qui restent longtemps verts, L'élégant peuplier, sous la voûte des airs ,

Monte avec grâce et s'y balance ; Le tilleul au printemps jette une douce odeur; Le frêne est délicat, mais au saule pleureur

Je donne encor la préférence.

C'est sur lui que toujours vont se poser mes yeux, Soit qu'autour d'un tombeau son front religieux

Se fonde en larmes de verdure; Soit que penché sur l'onde, en ce tremblant miroir, Gomme une jeune fille avide de se voir,

Il suspende sa chevelure.

Je l'aime, et, quand sur nous l'été darde ses traits,- A son pied il m'est doux de respirer en paix

Les fraîcheurs d'une eau fugitive; Là, bien des souvenirs de douleur et d'amour, Bien des rêves touchants m'assiègent tour à tour

Et bercent mon âme inactive.

Là, le moindre zéphyr qui brouille ses rameaux, Une feuille qui tombe , un mouvement des eaux ,

Me font des émois pleins de charmes; Derrière sa verdure, un regard du soleil Me plaît comme l'enfant au visage vermeil

Qui sourit à travers des larmes.

Puis il me semble entendre à l'entour voltiger Des fantômes aimants au corps souple et léger,

Aux yeux bleus traversés de flammes, Et, tout en écoutant son murmure plaintif, Je sens passer dans l'air comme un baume furtif

De violettes et de femmes...

Arbre mélancolique, à la tendre langueur, Que le ciel a créé pour charmer la douleur

Et pour inspirer le poëte; Arbre si doux le soir et dans le jour si beau, Puisses-tu, grandissant au bord d'un clair ruisseau,

Voiler ma dernière retraite!

Que d'autres pour la nuit du sommeil éternel Revent, près des cités, ui tombeau solennel,

Marbre splendide et noir feuillage!

Moi, je veux qu'on me mène en un vallon désert; Là, je veux une pierre, un peu de gazon vert

El la pâleur de ton ombrage.

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