LA PÈCHE MANQUES
a Entends-tu , ma petite, Résonner le galet?
Allons-nous-en bien vite Au chenal du Polet.
Dieu! que la mer est haute, Et comme il vente fort!
Jésus! la vague saute Jusqu'au fanal du port.
Qu'aucun marin ne bouge; La méchante, ce soir, A mis son bonnet rouge Et son grand sarrau noir;
Car vraiment il éclaire A vous crever les yeux; Et la mer en colère S'en va battre les cieux.
Comme des hirondelles Que l'émouchet poursuit , Et qui, promptes des ailes, Regagnent leur réduit,
Vois-tu toutes les lames Se couvrir de bateaux?
Que de cris, que de rames, Que d'hommes sur les flots!
Voici Jean, le pilote, Avec son porte-voix , Sa péniche qui flotte Comme un zeste de noix.
Hélas! il a beau faire, Il aura bien du mal :
C'est une rude affaire Que d'entrer au chenal.
Mais le voilà qui passe Avec d'autres rameurs, Et voilà sur leur trace Tous nos braves pêcheurs.
Regarde bien , ma fille ; Dis-moi, ne vois-tu pas Notre barque gentille Au milieu de ces mâts?
Tu sais comme elle est faite Peinte de frais goudron, Elle porte à son faîte Un rouge pavillon;
Puis c'est ta sœur aînée, Et grande sœur souvent Sur la mer t'a menée Et promenée au vent.
Appelle-la , ma mie , Appelle-la bien fort, Et dis-lui : Sœur chérie, Retourne vite au port!