LA PÈCHE MANQUES. 1M
Et, dos sabords au faîte, Sur les mâts, los haubans, Chacune pour la fête Se couvrait de rubans;
Car la tour de Saint-Jacques, La tour du pèlerin, Pour la fête de Pâques Mettait cloches en train;
Et les cloches meurtries A tous les matelots Chantaient Pâques fleuries, Le saint jour des Rameaux...
La grande messe dite, Et dit Vite Missa , De l'église bénite La foule s'éclipsa.
Les uns dans les guinguettes Furent vider les pots, Les autres des rillettes Suivre les gais troupeaux.
Et tout lieu, toute voie S'emplissaient de chansons; Mais, tandis que la joie Illuminait les fronts,
Une femme agitée, Dans ses bras un enfant, Au bout de la jetée Occupait seule un banc.
Là, triste, solitaire, Son œil avec ardeur Plongeait où l'Angleterre Étale sa blancheur.
La mer était sereine, Presque sans mouvement, Et respirant à peine , Comme un enfant dormant.
Sur toute sa surface Pure comme un miroir, Lisse comme une glace, Il était beau de voir
Les vastes flots se teindre Des reflets du ciel pur, Et tour à tour se peindre De vert tendre et d'azur.
Mais de la pauvre femme Rien ne charmait les yeux, Ni l'empyrée en flamme, Ni l'onde aux reflets bleus.
Dans cette plaine immense, Tournant presque sans voir, Son œil comme en démence Ne cherchait qu'un point noir.
Et la chose éloignée Pourtant ne venait pas, Et la belle journée S'enfuyait à grands pas.
LA PÊCHS MANQUÉE. 139
Déjà dans sa carrière Le soleil avançant Traçait sur l'onde amère Un sillon rougissant;
Déjà la vague pleine , Au port ne montant plus , Rendait l'attente vaine, Les regards superflus.
Alors l'humble chercheuse Allait fuir,... quand, au loin, Sur la mer lumineuse Paraît un petit point.
Ce point devient étoile, L'aile d'un goéland, La forme d'une voile Que ballonne le vent;
Puis, tel qu'un marin ivre Et qui va de côté, Un bloc qu'on ne peut suivre, Tant il est ballotté ;
Puis, tout couvert d'écume Par le flot jaillissant, Comme un cheval qui fume, Un esquif bondissant,
La barque à rouge aigrette Du bonhomme Thomas, La sœur de Louisette Balançant ses deux mâts.
O joie! ô pauvre mère!
O doux revirement!
Plus de tristesse amère , D'angoisses, de tourment!
Allons , vite une amarre !
L'amarre tombe à l'eau; De la corde on s'empare.
On tire le bateau;
Et, prompt comme une flèche, Et sans toucher le bord , Avec sa voile fraîche Thomas est dans le port.
« Holà! bonjour, ma femme, Bonjour mon petit chou , Mon cher ange , mon âme , Vite , tous à mon cou !
Un bon baiser, Louise, Un baiser étouffant, Là , sur ma barbe grise !
Encore, encore, enfant!
Ah ! grand Dieu ! quelle crainte De ne plus vous revoir!
A la Vierge très-sainte, Du matin Jusqu'au soir,