PARTIE EN RUSSIE
Hirondelle de France au bord du grand Volga
Par le malheur jetée, Et qui vins un moment, loin des tiens, fermer là
Ta pauvre aile agitée; Toi qui n'aimais, hélas! que le ciel du pays,
Les soins de la famille, Et les doux entretiens des parents , des amis,
Près du feu qui pétille :
Que d'angoisses pour toi, lorsqu'il fallut quitter
Tous ces biens de ta vie, T'élancer sur les flots et te voir emporter
Par l'autan en furie !
Et tu partis! non point pour rencontrer un ciel
Plus clément à ton âme,
ne siLVBS.
Et dans les airs trouver plus de baume et de miel
A ta poitrine en flamme; Mais pour lutter avec des vents âpres et froids,
Affronter grêle et neige, Vivre au sein de la nuit et veiller sous des toits
Qu'un long hiver assiège.
N'importe, tu partis, car tu ne voulais pas,
Ame fière, âme bonne, Causer la moindre gêne et le moindre embarras
Au foyer de personne !
Et Dieu, Dieu qui voyait ton noble dévoûment,
N'adoucit point ta peine, Et la mort vint bientôt glacer ton cœur aimant
Sur la rive lointaine.
Ah! puisse-t-il, là-haut, le grand Compensateur,
Réparer ta misère, Et t'accorder à flots la paix et le bonheur
Que tu n'eus point sur terre ! Sa justice le doit à tes mâles vertus,
A ton constant orage, Modèle si touchant, en nos jours corrompus,
D'honneur et de courage.