‹ Silves et rimes légèresChapitre 97 sur 244 · LA CHUTE D'EAU · texte numérisé non relu

LA CHUTE D'EAU

Limpide et tranquille rivière, Qui, née au sein d'un frais vallon, Allais promenant ton eau claire A travers feuillage et gazon ; Toi qui n'émouvais la nature Que d'un agréable murmure, Comme zéphyr dans les roseaux; Toi dont l'homme cherchait la rive Pour contempler la beauté vive Du ciel bleu colorant les eaux ;

Dans ton heureuse destinée Quel changement triste et soudain Ta pente restreinte et gênée Te fait bondir comme le daim, En jets nombreux tu te divises, Contre cent rochers tu te brises, Et, roulant sables et cailloux, Ton onde si calme et si douce

Se couvre de bruit et de mousse Gomme un torrent plein de courroux.

Puis voilà que, même la terre

Venant à te manquer, il faut

Terminer ta rude carrière

Par un épouvantable saut;

Il te faut, liquide avalanche,

Le long d'un roc, en nappe blanche,

Glisser jour et nuit sans repos,

Pour aller, bruyante victime,

Au fond d'un vaste et noir abîme

Perdre l'écume de tes flots.

Rivière si calme et si pure, Amour des oiseaux et des fleurs, Pour toi la divine nature Aurait dû n'avoir que douceurs!

Elle aurait dû, loin de ta source, Mener paisiblement ta course A travers maint val odorant, Jusques au jour où dans son onde Un grand fleuve à berge profonde Eût recueilli ton frais courant.

Mais, ô rivière malheureuse!

Objet de mes tendres souhaits, A ta tin triste et désastreuse Pourquoi donner de vains regrets?

Pourquoi perdre ma voix plaintive Dans les cent échos de ta rive Se renvoyant ton sourd fracas?

N'es-tu point la fidèle image De notre singulier passage A travers les champs d'ici-) >as?

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