A LA POPULATION DE QUÉBEC
Sur l’ordre de Sa Majesté l'Empereur des Allemands, une partie des armées qu’il a envoyées pour délivrer le Canada du joug de l’Angleterre s’est emparée de la forteresse et de la ville de Québec.
En ce moment, les armées de Son Impériale Majesté pénètrent victorieuses en France, en Grande-Bretagne, en Russie, Comme toute résistance est inutile, je m’adresse au bon sens de la population de Québec pour m'aider dans l’accomplissement de {a tâche dont mon Auguste Souverain m’a chargé.
L'armée allemande fait la guerre aux soldats, non aux citoyens. Elle garantit aux habitants une entière sécurité pour leurs personnes et leurs biens, aussi longtemps qu'ils ne se priveront pas eux-mêmes, par des entreprises hostiles, de cette confiance,
Le Commandant de la Ville porte à la connaissance publique les dispositions suivantes :
I-L'état de siège est déclaré dans la contrée occupée par les troupes allemandes.
II—Seront punis de la peine de mort toutes personnes
lo Qui prendront les armes contre les gens appartenant aux troupes allemandes ou faisant partie de leur suite ;
sua
20 Qui détruiront les ponts, endommageront les lignes télégraphiques ou téléphoniques, les chemins de fer, les munitions, les provisions ou les quartiers des troupes, ou rendront les chemins impraticables ;
30 Qui arracheront ces affiches ;
40 Qui entreront en communication avec les troupes ennemies.
III —II est défendu poir tous les habitants :
10 Tout attroupement dans les rues ;
20 De se promener dans les rues après 7 heures du soir ; 3
30 De quitter la Ville après 7 heures du soir ou avant 5 heures du matin, sans la permission de l’autorité allemande.
IV—Les autorités de la Ville et la police doivent venir se mettre à la disposition de l’autorité militaire allemande.
V—Les troupes allemandes ont l’ordre d’exécuter strictement toutes ces dispositions, par des sentinelles et des patrouilles, qui sont autorisées à tirer sur quiconque cherche à s’y soustraire.
GOELINGER Général commandant en chef des troupes à Québec ©
@ Texte emprunté Presque en entier à la proclamation affichée à Lunéville, en août 1914, pendant l'occupation prussienne.
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Les gens passaient devant cette monumentale
Pancarte, y jetaient un rapide coup d'œil et filaient sans mot dire, sans manifester la moindre
émotion, pas inême le moindre étonnement.
Les seuls qui ne bougeassent pas de ces centres d'attraction étaient des factionnaires fusil au bras, et quelques individus en tenue civile—des espions probablement, non moins probablement aussi appartenant à cette classe privilégiée mentionnée dans la proclamation comme ‘“ faisant partie dei la suite des troupes allemandes ”’,
Ces derniers affectaient parfois de se mêler
AUX passants lorsque ceux-ci s’arrêétaient un instant devant l’affiche. Ils faisaient alors mine de lire attentivement et de commenter à haute
voix certaines clauses de l'ordonnance, tout en reluquant de travers leurs voisins pour tâcher de découvrir sur leurs traits quelques signes d’effroi ou de mécontentement. Bernique ! toujours visages de bois.
Ce fut bientôt le tour de ces agents provocateurs de se livrer eux-mêmes à des manifestations trahissant l’extrême désappointement qui les agaçait de plus en plus. Ils ne comprenaient
absolument rien à cette impassibilité, qui semblait générale.
— Drôle de populo ! se disaient-ils entre eux. Pas moyen d’en tirer un mot plu huit que l'autre. Quand on leur adresse dire: ment à parole, ils répondent poliment, pvi: passent ler chemin, tout comme s'ils ne ge rendaisnt sa:
compte de leur Propre situation (, rein:
foi, que c’est naturel chez eux.
— Ah ! pour Sa, dit l’un des aidés, eo »
m'étonne Pas du tout. Aux Etats-Ur … où
je viens, Québec à le nom d’avoir conservé intacte la courtoisie, la gentilhommerie du bon vieux temps.
— N'importe, fit un autre. Ilya là-dedans quelque chose d’extraordinaire. On dirait un mot d'ordre...
À celui qui fit cette dernière remarque, on aurait pu dire : L’anguille brûle.
€, Que nous avon soir, l’un entraînan les plus noires de la
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Ils n’ont pas perdu leur temps, on va le voir. Jimmy a conduit son confrère dans l’arrièreboutique de son imprimerie, où, à la lueur papillotante de quelques bougies, plusieurs ouvriers typographes s’étaient réunis en attendant les ordres des patrons.
Les longues explications sont inutiles entre ces deux fines mouches. Tous deux se comprennent à mi-mot. Ils ne prennent même pas le temps de se chamailler, cette fois.
— Qu'est-ce qu’il y a à faire? demande simplement Jimmy, en allumant sa pipe.
Et Paul répond laconiquement :
— Le dire serait trop long. Je l’écris.
Au fur et à mesure qu’il griffonne, il jette sur la table où est accoudé son ami les feuillets, l’un après l’autre, qu’il a couverts de ses pattes de mouche. C’est une sorte de manifeste adressé M à la population, plus concis, mais aussi beaucoup plus vibrant et plus certain d’être lu et goûté que la comminatoire proclamation du général allemand.
Jetons un regard par dessus l'épaule de Jimmy: voici ce que nous lisons avec lui :
Chs. Huot del.
allégeance à Sa Majesté le roi de et lui seul a le pouvoir de nous
Nous avons prêté le serment d’ Grande-Bretagne,
dégager. —(Page 107).
DEUX PRO CLAMATIONS