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qu’à en craquer, semble poser pour la reproduction du portrait tracé au siècle dernier par Henrich Heine, ce merveilleux poète, allemand de Cœur et de naissance, mais non prussien, lorsqu’il écrivait :
“Toujours aussi raides, aussi guindés, aussi
étriqués qu’autrefois et droits comme un I, on dirait qu’ils ont avalé le bâton de caporal dont
on les rossait jadis. L’instrument de la schlague n’est pas entièrement disparu chez les Prussiens ;
ils le portent maintenant à l’intérieur.’
Cette petite parade, ce commencement de Cavalcade, n'étaient pas là pour rien.
Ce qu’il y avait dans l’air, disons-le tout de
suite. Le “ Général Commandant des troupes .
à Québec ”’, comme il s’intitulait pompeusement lui-même, avait décidé dans sa sagesse d’aller rendre visite à l'Exécutif provincial.
Il aurait pu tout simplement sommer les membres de ce Corps supérieur de venir euxmêmes se mettre à la disposition des autorités miliïäires, comme il avait déjà fait pour les chefs du conseil municipal, qu’il avait tout de même séquestrés dans leurs maisons pour s’assurer de leurs personnes. Il lui sembla plus
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diplomatique de se déranger lui-même cette fois; c'était de sa part un grand honneur à leur faire, une extrême condescendance dont ils lui sauraient gré sans doute. Gants blancs d’abord ; main de fer ensuite.
Il avait à ce sujet son idée de derrière la tête, car, sur les rapports des algazils secrets chargés depuis longtemps de sonder l'opinion dans cette partie du pays, il en était venu À la conclusion que la population de la province française du Dominion était pour le moins aussi mûre que la factieuse Irlande pour la révolte en masse contre le régime anglais.
Aussi, lorsque le suisse de l’aristocratique hôtellerie ouvrit toutes grandes les portes du vestibule pour lui livrer passage ainsi qu’à sa suite, le général Goelinger avait sur les lèvres un sourire d’une mansuétude si paternelle, si engageante, dans ses petits yeux couleur d’eau un clignement si expressif de satisfaction machiavélique, en un mot toute sa personne affectait une allure si différente de sa gourme grognonne habituelle que le peloton d’escorte crut un instant qu’on lui avait changé son général. Dans
UN TOURNOI 85 pr nm
son trouble, il exécuta tout de travers le présentez armes,
La demi-douzaine d'officiers bien comptés qui composaient l'état-major du Commandant pour l’occasion sauta en selle après lui, et la petite troupe partit au pas dans la direction du Parlement, où l’imposant Von Goelinger, dans une courte note dont il avait adouci les termes autant que possible, avait requis le chef de l'Etat et ses ministres de se trouver à l’heure dite pour ie recevoir.
S'il avait compté sur l'effet théâtral de cette exhibition de Casques étincelants au soleil, il dut être profondément désappointé. Pas un joli minois, pas même un bonnet de servante ou une coiffe de nourrice aux fenêtres de l’aristocratique rue Saint-Louis ; à peine ça et là quelques piétons tellement affairés ou absorbés dans leur Conversation qu’ils ne tournaient seulement pas la tête pour admirer la fringante cavalcade, Que voulez-vous ? cette bonne vieille rue Saint- Louis en a tellement v'!, de ces galas à panache, qu’elle n’en fait plus le moindre cas.
Au Parlement, les Conquérants eurent une
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nouvelle déception. Laissant leurs muntuüres aux soins de l’escorte à pied, le commandant et ses officiers furent introduits par les huissiers dans la salle où les attendait le chef du ministère entouré de ses collègues.
Par une bizarre fantaisie du hasard, il se trouva qu’en comptant bien de part et d'autre, les deux chefs en présence avaient exactement le même nombre de seconds : ils étaient sept de chaque côté !
Allait-on assister à un tournoi dernier genre entre militaires et civils, nous allions dire entre la Force et le Droit? Dirait-on dorénavant le Combat des Sept, comme il y eut aut'efois le Combat des Trente, que cette singulière coïncidence remettait en mémoire ? Serait-ce à quelque six cents ans d'intervalle la répétition, sur une moindre échelle, de cette historique bataille à mort où Benborough et ses “ soudoyers ”” mordirent la poussière, et où fut crié l’héroïque remède contre la soif : ‘“ Bois ton sang, Beaumanoir ! il te rafraîchira ” ?
A tout événement, il faut convenir que cette fois l’avantage des armes n’était pas du côté de
Benborough-Goelinger, puisque celui-ci s’engageait dans une lutte où il aurait à manier sa langue au lieu de l'épée suspendue à son côté.
La partie débutait mal pour lui. Il s'était attendu à avoir affaire à la tête même de l’Exécutif. Général contre Gouverneur, à la bonne heure ; voilà qui eût été traiter d’égal à égal. Il y aurait eu libre échange d’Excellences, donnant donnant.
Au lieu de cela, on le mettait en présence d’un simple chef de ministère, qu’il ne savait trop en quels termes interpeller sans manquer au protocole. Pour un homme comme lui habitué à l'étiquette chatouilleuse de l’absolutisme, une pareille situation était une dérogeance à son rang. Sa vanité souffrit cruellement de cette infraction au code des préséances. Ce fut sa deuxième déception ; ce ne devait pas être la dernière.
Le premier ministre, dont l'accueil fut courtois et surtout très digne, expliqua l’absence du gouverneur, qu’un appel imprévu avait mandé tout récemment au siège du gouvernement central à Ottawa. Cette information, donnée sur le ton le plus calme comme une nouvelle banale et sans
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importance, faillit désarçonner du coup Monsieur le Commandant, comme l’appelait tout uniment son interlocuteur.
Parmi les officiers de sa suite, il y eut un léger frétillement, bruit de chaises qu’on remue, petit toc-toc sec et métallique de sabres claquant sur le parquet.
C’est que, voyez-vous, lecteur, ils se demandaient comment le Bouverneur, qui d’après leurs espions était encore à Québec la veille, avait pu ainsi leur échapper. Mystère à éclaircir |
Sur un geste accueillant du premier ministre, les militaires prirent possession des fauteuils
rangés d’un côté de la table, tandis que les ministres en frac noir s’asseyaient de l’autre côté. Le tournoi allait commencer.
BENBOROUCH vs BEAUMANOIR
Le général avait la parole puisque c’était lui qui avait convoqué ou, pour mieux dire, commandé cette conférence.
Son exorde fut un peu différent du petit dis- Cours qu'il avait composé dans sa tête avant de quitter ses quartiers-généraux.
Il s'était proposé de se montrer, pour commencer du moins, bon prince, bonhomme même, de mettre dans ses premières paroles un accent si bien joué de loyauté qu’il lui gagnerait d’emblée les cœurs. Il irait jusqu’à tendre franchement la main avec une petite branche d’olivier dedans ; puis, en quelques Phrases suaves et persuasives, il devait aisément venir à bout des derniers serupules du bout des lèvres, forcer haut la main les dernières résistances pour la forme de gens qu’il croyait foncièrement gagnés d’avance.
C’est en effet l’idée fixe qu’il s'était formée à la lecture de certain volumineux dossier qui lui
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90 SIMILIA SIMILIBUS EE — avait été communiqué par le Service Secret avant son départ pour le Canada.
Cette documentation se Composs't en grande partie de fiches récemment reçues d’une légion de soi-disant voyageurs de commerce ou professeurs en congé d’étude qui, après avoir pendant plusieurs mois couru dans tous les sens les campagnes de cette partie du pays, étaient à peu près unanimes à conclure que les Franco-Canadiens ne lèveraient pas un doigt pour défendre le drapeau britannique.
Nombre de ces espions se vantaient d’avoir eu Pour complice dans leur propagande pro-allemande un certain journal quotidien de Montréal, qui préchait ouvertement que le Canada ne devait rien de rien à l'Angleterre : aussi ne s’étaient-ils pas fait faute d’aider à répandre cette feuille à profusion dans toutes les paroisses où les appelait leur prétendu négoce, et recommandaient-ils fortement l’inspirateur de cette campagne de presse aux grâces et aux croix de fer de l’Empire Allemand.
Quelle gloire donc pour lui-même, s'était dit Von Goelinger, si sans coup férir, sans perdre un
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seul soldat, surtout sans la moindre écorchure Pour sa propre peau, il réussissait, Par sa seule diplomatie, à détacher l’une des branches mères du tronc géant de l'Amérique Britannique du Nord, cassant du Coup en deux la Confédération Canadienne !
Il rêvait déjà voir son nom flamboyer en grosses lettres dans tous les Zeitung et Tageblatt du monde : de là à passer baron de l’Empire, ambassadeur peut-être, il n’y avait qu’un pas, ct ces pas-là se franchissent vite en rêve,
Malencontreusement, les petites contrariétés qui venaient de Marquer son entrée sur la scène diplomatique avaient fêlé, sinon cassé en morceaux, le pot de Perrette dans ses mains. Comme d’autres grands Capitaines, il dut. changer toute sa tactique sur le champ de bataille même, et ce fut sur un ton assez rogue et tranchant qu’il aborda la question.
depuis la nuit dernière, cette Capitale, l'unique place forte quelque peu digne de ce nom qui existe dans l'Est Canadien, est soumise aux
ordres de mon illustre Souverain Sa Majesté
l'Empereur des Allemands. Comment cela s’est fait, par quel miracle d'ingéniosité et d’intrépidité pareil exploit a pu être consommé, voilà qui vous étonne, hein ?...
Il se trompait ; personne n’avait l'air étonné. N'importe, il continua :
—Sufit. Moi, je vous demanderai tout simplement de voir dans ce fait stupéfiant la démonstration de la force irrésistible, surhumaine, de la Kulture Allemande. Avec nous, vouloir c’est pouvoir. Notre génie d'organisation fait depuis longtemps l’admiration du monde entier. Chez nous, tout marche de front : les grandes affaires et la haute politique. La guerre est l’une de nos industries nationales. Tout tend vers un but unique ; l’exaltation de la race au-dessus de toutes les autres, :t devant cette poussée d’ensemble de toutes les volontés, de toutes les intelligences d’une nation supérieure comme la nôtre, tout obstacle doit fatalement crouler ; en un mot, nous avons acquis et détenons le monopole de la toute-puissance sur la terre.
— Après le bon Dieu, sans doute ? murmura une voix.
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— Dieu ! ah! Oui, mais vous savez, il est avec nots. Got mit uns! c’est notre devise,
ce sont les moyens d'arriver à nos fins. Vous en avez ici sous Jes yeux un exemple frappant. Quelle profonde habileté n’avons-nous pas dû
maritime où, pauvres badauds que vous êtes !
Vous ne vouliez voir que ce qui reluisait au soleil. Sous cet or dont l'éclat Vous crevait les yeux en attendant qu'il tintât dans vos coffres-forts, se cachait du bon fer allemand avide de sang.
Blood and iront 1] n’y a plus de mystère maintenant. En deux mots, ces grands navires, dont Vous guettiez joyeusement l’arrivée chaque
cales habilement dissimulées, ils vous apportaient, À votre choix, la délivrance ou ta mort !
— Nous étions de bonne foi, fit remarquer le
—— Oui, trop naïfs, continua Goelinger. Votre
NÉE Érprtttnethormemnttn mes ahnonannns rod