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ment, avant de me mettre à l'ouvrage, je m’imprègne.
S’'imprégner, pour lui c'était se péné-.
trer, se saturer en quelque sorte de l’esprit, de ce qu’il appelait ia mystique des choses ambiantes : c'était apprivoiser ses yeux aux teintes et aux nuances particulières à l'endroit, à la saison, à l'heure du jour ; eh un mot, se fouetter le sang, sentir monter en soi la flamme sacrée de l'enthousiasme sans lequel le meilleur artiste ne peut rien devant la plus belle nature. Opération nécessairement très lente, comme toute inoculation. De même, l'écrivain a beau être profondément pénétré lui-même de la vérité d’une thèse
favorite, il lui faut le temps d’en faire :
plusieurs ‘- le tour, de la considérer sous toutes ses facettes, d’en bien mesurer tous les tenants et aboutissants, avant que de pouvoir espérer faire partager sa conviction par ceux qui lui font l’honneur de le lire.
Pour revenir à mon artiste, iorsqu’enfin
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il se sentit monté au diapason voulu et put me dire en son langage imagé qu’il avait l'embouchure, il se décida à installer en bonne fumière pliant, chevalet, palette et pinceaux. De temps à autre
dans le cours de son travail, je le vis dé- :
ménager tout son attirail et continuer à brosser tranquillement, et, comme je lui paraissais intrigué, presque scandalisé, de cette confusion de perspectives sur le même tableau, il me tint ce petit dis- COUrS :
“ Dites donc, me prenez-vous pour un
“ tireur de portraits ” ? La photographie
peut être un art, mais l’art n’est pas la photographie. Pour saisir la vraie physionomie des choses, il faut l’envisager Par ses multiples aspects. Ainsi, ce joli petit paysage demandait à être observé de différents angles. La boîte du photo-
graphe n’aurait pu emmagasiner qu’une
seule de ces échappées de vue à la fois moi, je les mets toutes ensemble sur mon croquis. C’est de la fantaisie, vous me
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direz .... mais la fantaisie, mon ami, c'est l’art ! Il en est de même pour la
figure humaine, dont l'expression se dé- :
compose en une infinité d’aspects, suivant
: qu’on est agité par les divers mouvements de l’âme, joie ou péine, désir ou satiété,
et le reste. L’instantané sur pellicule ou papier sensible n’en donne que l’image froide, la véritable expression manque ; l'opérateur a beau vous recommancer
d'être naturel, on ne l’est. jamais moins
que lorsqu'on pose devant une machine.
L'art du peintre est précisément de chercl -r et surtout de trouver dans l’extrême mobilité des traits la note. moyenne qui les caractérise... ”
Cette petite leçon d'esthétique m'est revenue au moment d'entreprendre une tâche de longue haleine qui m’est en quelque sorte commandée par les circonstances, ayant il y a quelques mois publié un travail d’information sur les causes de la guerre titanique. Le Canada est-il réellement en guerre, oui ou non? Est-il
en cas de légitime défense, et, s’il en est ainsi, quel est son premier devoir ? Doit-il mobiliser sur une large échelle, aller au devant de l'ennemi, ou bien se croiser
les bras et attendre que son territoire soit
attaqué, c’est-à-dire qu’il soit trop tard ?
Pour répondre à ces questions redoutables, j'ai cru devoir recourir à l’un des procédés particuliers aux artistes : la fantaisie. Non que le présent travail ait la moindre prétention au titre d’œuvre d'art, il tient avant tout à passer pour ce qu'il est : un document utile et sérieux, un acte de patriotisme fervent.
Le lecteur trouvera peut-être un peu détournés les sentiers par lesquels on L promène avant d'arriver au vif de la question. En ce cas, il voudra bien croire que l’auteur de ces Pages a simplement tenu à suivre à la lettre l'exemple de son
ami le peintre : il à voulu s’imprégner à
fond avant de crier : Aux armes, citoyens!
Dans ce genre de récits, on ne regarde Pas de très près à la date des événements.
: El & ë !
SIMILA SIMILIBUS
La plus grande liberté est laissée à la folle du logis. D’érudits raconteurs comme Jules Verne ont devancé de cinquante ans au moins le génie des inventeurs ; des romanciers ont décrit le monde en l’an 2000 ; d’autres ont très sérieusement rendu compte de choses qui n’arriveront jamais. Ici, l’on présente au lecteur le récit de ee qui n’est pas arrivé, mais de ce qui pourrait arriver, mieux que cela, de ce qui arriverait certainement, si...
Mais n’anticipons pas. Tout ce qu’on demande au lecteur, c’est de biffer de sa pensée pour un moment, comme un mauvais rêve, comme le plus affreux des cauchemars, les scènes sanglantes qui désolent actuellement le Vieux Monde, et de se reporter à quelques années en avant :
au jour—der Tag—que, sans le malencontreux coup de pistolet de l’étudiant Prinzip qui a si tragiquement brusqué les choses, la Pieuvre du Pan-Germanisme aurait attendu pour frapper le grand coup, car alors elle aurait cru avoir para-
chevé son infernale organisation, solidement collé ses vi sur le mond+ entier.
avoir squeuses ventouses
A Ha dé ro 5 a RG ch
Î Uzric BARTRE. | Québec, juin 1916. {
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