‹ Similia similibus, ou, La guerre au Canada [microforme]Chapitre 23 sur 36 · TT · texte numérisé non relu

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On espère pouvoir indiquer dans une autre note de quel côté la population devra se porter au-devant de -es sauveurs.

Les VigiLanrs

Il nous semble voir le bon bourgeois tourner et retourner, lire et relire ce mystérieux avis. Il se met à réfléchir:

‘Communiquer aux amis ! ” murmure-t-il.

Si on ne dirait pas l’un de ces petits billets que M. Belmont a J’habitude de me faire tenir en secret à la veille des élections ? Je parierais que c’est encore lui !

Evidemment, ce brave homme est l’un de ces agents d'organisation électorale que les partis po‘itiques au Canada ont soin d’aposter dans chaque quartier de ville, comme dans chaque village et chaque concession en province.

Par l'intermédiaire de ces chefs de file, partisans dévoués pour la plupart par amour “ pour la cause ” ou par goût pour les émotions de la lutte, sans la moindre ambition de récompense pour eux-mêmes, la direction du parti se tient en contact constant avec les masses, certaine que par ce canal ses ordres feront beaucoup de

chemin en peu de temps sans avoir l'air d’être impératifs.

Belmont avait choisi le bon moyen, et comme son confrère en avait fait autant pour le public anglais, tous deux avaient raison d’espérer contenir la population dans une attitude calme et digne. L’essentiel était de gagner du temps.

Leur second mouvement, au sortir de l'imprimerie, avait été de se rendre au Parlement, où le cabinet siégeait cn permanence depuis la veille. Les m: ‘res, on le comprend, délibéraient sur l’attitu e qu’ils auraient à prendre dans leur entrevue du lendemain avec le gouverneur militaire.

Les excellentes nouvelles que leur apportaient les deux journalistes tranchèrent du coup la difficulté. 11 n’y avait qu’une chose à faire: Sagner du temps; qu’un parti à prendre: les ministres iraient se constituer prisonniers en attendant, diraient-ils, la confirmation officielle du succès allemand dont s'était vanté le commandant. En effet, Ottawa une fois aux mains de l'ennemi, leur mandat cessait, ils redevenaient simples citoyens et subiraient leur sort comme des hommes,

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Dans l'intervalle, Belmont et son camarade retourneraient de nuit aux nouvelles, par leur chemin dérobé, cette fois porteurs d’une dépêche chiffrée des ministres aux autorités fédérales, indiquant à l’armée de délivrance la route à suivre pour reprendre Québec. par surprise et rendre ainsi à l'ennemi la monnaie de sa pièce.

Pendant ce temps-là, que faisait celui-ci ? A en juger par les allures plus abandonnées, pour ne pas dire moins brutales, des patrouilles qui parcouraient la ville en tous sens, et des soldats qui fumaient placidement leur iongue pipe de porcelaine à la porte des corps de garde, et qui s'étaient mis en chemise à cause de la chaleur, on eût dit un certain relâchement de discipline,

De fait, les gens de la troupe commençaient à se dire entre eux que la population était déjà gagnée au nouveau régime: aussi se donnaientils des airs de paternelle bonhomie. Ceux qui parlaient l’anglais ou baragouinaient le français daignaient s’arrêter pour faire un bout de jasette avec les passants; d’autres allaient jusqu’à payer en monnaie sonnante une partie des marchandises dont ils se servaient largement dans les

magasins.

La veille, sur un ordre du commandant, des détachements avaient fait le tour de tous les établissements où l’on vendait des armes à feu, histoire, disaient-ils, de désarmer la population. Tout ce qui pouvait porter ce nom, jusqu’à la moindre carabine Flobert chère aux bambins de douze ans, et beaucoup d’autres accessoires par dessus le marché, avait été confisqué et transporté dans les magasins de la citadelle.

Tout cela s'était accompli sans trop de bruit ni de rouspétance.

Enfin, sauf quelques espiègleries que se permettaient les gamins de la rue au passage de quelque kamarad trop ventripotent—plaisanterie que la victime prenait généralement du bon côté—tout s'était bien passé.

On ne saurait dire que la même quiétude régnait dans les hautes sphères de la petite armée d'occupation. A la mine de plus en plus rogomme du commandant en chef, les gens de son entourage voyaient bien, sans en connaître la cause, qu’il n’avait pas l'esprit tranquille. C’est qu’il avait eu beau dépêcher émissaire sur émissaire par le sud du fleuve pour savoir ce qui se

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pe rer

136 SIMILIA SIMILIBUS ——————————————————__—— passait dans le reste du pays, chacun rentrait avec des renseignements vagues, souvent contradictoires, qui ne lui disaient rien de bon.

C’est alors qu'il songea, pour faire diversion à ses noires idées, À ordonner qu’on lui amenât le maire de la ville et les principaux échevins: dans le trouble de ses esprits, il avait presque oublié que ces personnages étaient toujours gardés à vue dans leurs demeures depuis l’avantveille,

Son Honneur le maire ne se fit pas prier; il coiffa son plus beau huit-reflets, passa à son

cou le grand collier d’argent insigne de ses fonctions, sauta dans son automobile et se trouva bientôt dans l’antichambre du grand hôtel, en compagnie de quatre ou cinq de ses collègues.

Le premier mot du commandant lorsqu'il fut introduit en sa présence fut pour ordonner qu’on lui enlevât son collier de maire. ©

— Je n’en ferai rien, dit fièrement celui-ci

@ Exactement ce qui fut fait au bourgmestre de Bruxelles lors de l'entrée des troupes allemandes en 1914 ; avant d'entrer en pourparlers avec lui, on lui fit enlever son écharpe, sauf à la lui rendre quelques instants après.

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comme on allait porter la main sur lui, avant de savoir si je suis encore, oui ou non, le premier magistrat de cette ville. C’est le maire que Vous avez emprisonué chez lui: c’est lui que vous avez mandé ici. Je ne remettrai cet insigne qu’aux citoyens dont je suis l’élu et le protecteur. Ce peuple, vous l’avez vu, est ami de l’ordre et des lois; il restera tel aussi longtemps qu’on respectera ses droits et sa dignité, droits et dignité dont je suis à ses yeux le représentant. Tant qu’il verra en moi le détenteur de l’autorité, je puis vous garantir le maintien du bon ordre. Ce que j'attends de vous, c’est que, conformément aux lois de la guerre, vous ne porterez atteinte “ ni à l’honneur des familles, ni à la vie des citoyens, ni à la propriété privée, ni aux convictions religieuses, ni au libre exercice des cultes ”. © Qu’attendez-vous de moi ?

Après son escarmouche de la veille avec les

avocats, le commandant n’était pas d’humeur à

parlementer, encore moins à soutenir une dispute publique sur les lois de la guerre ou de la paix.

@® Les mots entre guillemets sont presque textuelle. ment tirés de la proclamation de l’héroïque bo estre de Bruxelles, . Adolphe Max, en date du 19 août

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138 SIMILIA SIMILIBUS em —* —

Il laissa le collier tranquille, se contentant de dicter la convention suivante:

Respect des habitants et des propriétés publiques et privées;

Direction, non soumise au contrôle militaire,

des affaires publiques par l'administration municipale.

En échange de quoi, imposition de guerre au montant de deux cent mille piastres à être versée le jour même par l'autorité municipale.

En vain le maire tenta-t-il de faire comprendre au dictateur que le chiffre de la rançon était trop élevé, qu’il lui fallait un plus long délai pour trouver les fonds. Peines perdues; toute discussion fut inutile.

Au sortir de l’entrevue, le maire dit aux citoyens qui l’attendaient anxieusement sur la Place, assez haut pour être entendu des officiers de l'état-major:

— C’est un cas de force majeure. Mon devoir est de vous conseiller d’obéir, ‘en attendant l'heure de la réparation ”. Ecoutez la voix de votre maire, ‘ maintenez-lui votre confiance, il ne la trahira pas ! ” © |

uellement le langage d bourgmestre de Bras tuslement =

Comme on allait crier: Hourra pour monsieur le maire !—il les arrêta en disant à mi-voix :

— Pas de manifestation maintenant! Demain peut-être!

Nous avions oublié de dire que pendant qu'il était dans l’antichambre du Château, attendant les ordres du général, quelqu’un lui avait glissé dans l'oreille, de la Part du premier ministre, les dernières nouvelles d'Ottawa !

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Le lendemain était un dimanche, mais un dimanche triste. Dans la nuit, il s’était produit une de ces soudaines sautes de vent de l’Ouest à l'Est, assez fréquentes dans la canicule canadienne, qui font remonter du fond de l’énorme bouteille que figure le Saint-Laurent sur la carte les éternels bancs de brume du golfe, et en quelques heures les refoulent en masses pressées dans l'étroit goulot où est situé Québec. Il en résulte qu’à certains jours de la belle saison on croirait que l'automne se trompe de date.

C'était une de ces journées maussades qui se préparait. Ce matin-là, le commandant intérimaire de la place se leva en humeur massacrante. Ses pensées étaient couleur du temps, brumaire, ventôse, pluviôse.

Les nouvelles que lui apportaient les officiers de service n'étaient pas non plus de nature à l'égayer. Si la ville était toujours paisible, il n’en était pas de même du Pays circonvoisin.

On y remarquait depuis la veille des allées et (140)

PREMIÈRES ÉTINCELLES 141 ee venues suspectes d’un village et d’un comté à l’autre,

La vérité est que le peuple des Campagnes environnantes commençait à en savoir plus long que la ville sur les derniers événements, bien qu’il fût également sans télégraphe, sans téléphone, sans chemins de fer, sans gazettes. Ce qui surexcitait surtout l+8 esprits, c'était de sourdes rumeurs d’appel sous les armes, de levée en masse de tous les hommes en état de porter un fusil,

. Von Goelinger se dit qu’il fallait voir à cela, ce qui en allemand veut dire jeter l’épouvante dans le pays. Des détaehements furent aussitôt

expédiés dans diverses directions autour de la ville,

Biebenheim solicita et obtint l’honneur de Commander la patrouille de la Côte de Beau Pré, dont il connaissait tous les coins comme le creux de sa main. I] lui tardait d’aller étaler son uniforme et sa Puissance aux yeux d’une population qui, sans lui avoir été ouvertement antipa-

thique, l'avait dédaigneusement baptisé le Prussien,

Il avait bien des comptes à régler de ce côté-là, et en disant cela, sa pensée se reportait machinalement à cette sotte de Marie-Anne, qui avait eu le mauvais goût de préférer un petit journaliste de rien du tout à un particulier de sa taille, appartenant à une race supérieure. Il s'était laissé dire que les ingénues, en Canada comme en bien d’autres pays du reste, ont un faible très fort pour le militaire; aussi se promettait-il de se payer un petit triomphe, si éphémère qu’il fût.

A la tête d’une trentaine de cavaliers qui se donnaient de faux airs de uhlans, il se lança au grand galop sur la route poudreuse qui lui était familière, s’arrêtant pour un instant dans chaque village, le temps de signifier au maire de l'endroit l’ordre de se tenir à sa disposition lorsqu'il repasserait.

Cette chevauchée échevelée, à travers un nuage de poussière, la vue de tous ces grands sabres battant au flanc des chevaux, de ces crinières hérissées en coup de vent, de ces naseaux fumants, de ces uniformes inconnus, il y avait certes dans tout cela de quoi produire quelque émoi- parmi cette paisible population, plus ha-

PREMIÈRES ÉTIN CELLES 143

bituée à Ja grande vitesse des automobiles de de cavalerie.

r’ouvertes on pouant leur dizaine de

coin et que la soupe mijotait Le Prussien fit ranger l’escadron sur la place

en face de l'église. La fringante entrée en scène de toute cette cavalcade i

rangée de poteaux Pour regagner le logis et l'écurie. I] y eut des hennissements de part et d'autre.

eux, l’Jte rallumons la pipe !

Biebenheim fit signe à l’un de ces curieux de s'approcher et lui ordonna de dire au maire de réunir les paroissiens sur la place publique après la grand’messe. Puis, laissant le commandement de la troupe à un sous-officier, il se dirigea à pied vers l'habitation d: la famille Meunier.

A sa grande surprise, personne ne répondit à ses coups de marteau. La porte donnant sur la rue était fermée à clef. Comme il savait que dans nos confiantes campagnes l’entrée familière donnant sur l’arrière-cour est rarement close, il fit le tour de la maison et en effet put facilement pénétrer à l’intérieur. Mais il eut beau appeler, taper du pied, personne. Maison vide.

Il alla s’asseoir près d’une table pour réfléchir. Sur cette table, à côté de la pipe et du sac à tabac du père Meunier, un petit carré de papier déplié attira son attention. Machinalement, il y jeta les yeux. C'était l'avertissement que Paul Belmont avait envoyé à son futur beaupère le soir du bombardement, lui recommandant si solennellement d’éloigner les femmes parce que, disait le billet, un grand malheur se préparait. Il comprit qu’il avait été devancé

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PREMIÈRES ÉTINCELLES 145 Re — — et que, s’il était en quête de succès auprès des dames, il Jui faudrait ‘chercher ailleurs. I] sortit plus vite qu'il n’était entré.

Cette déception n’était pas faite pour lui remettre l’humeur. Aussi, lorsqu'il eut rejoint ses hommes, ce fut d’un ton bref et pas commode du tout qu’il leur Commanda de remonter en selle et de dégaîner.

Devant cette rangée d'hommes et de bêtes, hérissée de Casques pointus et de sabres au clair, menaçÇante dans son immobilité, la foule villageoise, hommes, femmes et enfants, qui venait de sortir de l’église, se tenait muette, comme figée d’étonnement, À une distance tout à fait respectueuse. Biehenheim parut satisfait de l'effet produit. Il appela :

— Monsienr le maire !

Un des spectateurs s’avança en disant :

— C’est moi.

— Pien, fous allez tonner ortre à fos atministrés te fenir téposer ici tous les fusils qu’il ya: dans la paroisse. Lie

Un long murmure courut dans la ‘foule.

Quelqu'un avait reconnu Biebenheim et s'était écrié: “C’est le Prussien !”

Celui-ci reprit:

— Ce n’est pas tout. Monsieur le maire va nous suifre à Québec, comme carant de fotre ponne contuite. Fous savez sans toute que le Canata a chanché de maître. Il y a, paraît-il, parmi fous tes chens qui fous incitent à la résistance au noufel ortre de chose. Che fous afertis qu’au premier acte te révolte, les coupaples seront poursuivis sans pitié, et leurs piens confisqués.

Il y avait dans ce village comme dans beaucoup d’autres un personnage dont la langue était si bien pendue qu’on l'avait surnommé ‘ l’avocat de la paroisse ”. Ses amis dans la foule le poussaient de l’avant, convaincus dans leur naïveté qu’avec des ‘ bonnes raisons ” on ferait fléchir le sévère officier. Prenant son air bonasse et engageant des grandes occasions, le brave * homme s’approcha de Biebenheim et prit la parole:

—”’Coutez donc, m’sieu le colonel...

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— Pas colonel. lieutenant, dit sèchement le Prussien,.

— Ah!.,. Eh ben, m’sieu le Capitaine, comprenez, nous autres, on est des bons vieux Canayens, de père en fils ; On est dans le pays, su’ nos terres, depu’ deux cent cinquante ans. Vous Pouvez voir nos titres au bureau d’enregistrement. Moé pour un, j'ai le numéro 201 du cadustre, qui me vient de mon grand grandpère. Pour lors, vous n’êtes pas pour nous déranger, est-ce pas ?

Biebenheim eut un petit rire méchant. Tapant sur l'épaule du beau parleur, il répondit:

— Cela tépend... Fos titres, fotre catastre, nous ne connaissons pas Sa. Sachez que tout ce qu’il y a tans le Pays, fos terres, fos maisons, tout est entre nos mains.

— Mais, m'sieu, se récrie l’autre, si vous me dépossédez, qu'est-ce que je deviendrai, moé ?

— Fous, dit Biebenheim en le toisant Ccurieuse nent des pieds à la tête, fous êtes pien pâti, fous ferez un peau soltat.

— Et ma femme ! mes filles ! gémit l'avocat du village, en reculant épouvanté.

— Oh ! reprend le Prussien avec un petit accer' canaille, les femmes, les filles, nous en aurons pien soin, soyez tranquille !

Et, comme là-dessus tout l’escadron grogna un ricanement dont tout le monde comprit la sinistre signification, l’orateur du village n’en voulut pas entendre davantage; il se perdit dans la déroute générale, car les femmes, prises d’une terreur soudaine, fuyaient dans toutes les directions, entraînant leurs hommes et leurs enfants.

— Maintenant, cria Biebenheim sur le ton du commandement, te l’afoine pour nos chefaux, à tiner pour mes hommes ! Troit de conquête. :

Le curé avait assisté à cette scène du seuil de son presbytère. Plusieurs des notables allèrent lui demander conseil.

— Voici, répondit-il, comment je comprends votre devoir de conscience en face du Pouvoir qui a envahi notre sol et occupe cette partie du pays. Ce Pouvoir n’est pas une autorité légitime; dès lors, dans l’intime de votre âme, vous ne lui devez ni estime, ni attachement, ni obéissance. Occupation n’est point conquête. L’occupant gouverne de fait, non de droit. Devant

ce fait de force majeure, notre devoir est de respecter les règlements qu’on nous impose, pourvu qu'ils ne portent atteinte ni à la liberté de nos consciences chrétiennes, ni à notre dignité patriotique, ©

— Mais, m’sieu le curé, dirent quelques-uns, ils parlent de s'emparer de nos biens, ils veulent disposer de force de ce qui nous appartient, se servir chez nous comme s’ils étaient chez eux. Ces gens-là, c’est pas du mor '-!

— Que voulez-vous, mes amis ? C’est comme ça qu'ils font la guerre en Europe. Quand ils entrent en rays conquis, ils s'emparent de la Personne des principaux citoyens comme ils ont fait de notre maire » Ce sera peut-être bientôt mon tour, à moi aussi, car les Prussiens ont un faible pour les curés. Ils appellent cela prendre des otages, N aturellement, ce procédé révolte les amis des otages, cause de l'agitation. Alors, sous le premier prétexte venu, un prétendu coup de fusil, une altercation quelconque, ils com- Mmencent par fusiller les Cautions; puis ils aban-

® Extrait presque textuel de la lettre torale de Son Em. le cardins Mercier, 1er janvier 1915,

150 SIMILIA SIMILIBUS oo

donnent leurs hordes à leurs instincts brutaux. Le pillage, voyez-vous, ils ont cela dans le sang. Latrocinia nullam habent infamiam : c’est Jules César qui a dit cela de leurs ancêtres les Germains, et au bout de près de deux mille ans, il se trouve que c’est encore vrai. Ce sont encore des barbares; ils s’en vantent eux-mêmes. © Non seulement piller, mais mettre le feu à des villes entières, non seulement voler, mais violer, assassiner, martyriser les non-combattants sans défense, c’est un jeu pour eux. C’est ce qu’ils appellent faire la guerre. © Ce qu'ils font làbas, pourquoi ne le feraient-ils pas ici? Donc, mettez-vous bien en tête, mes amis, que vous feriez leur jeu en résistant, en faisant même semblant de les provoquer. Patientez, endurez, ayez confiance en Dieu ! Il ne vous abandonnera pas !

Le général Von Disfurth dans le Tag de Berlin :

‘ Tout ce que feront nos soldats Re du mal

à l'ennemi sera bien fait et est justifié d'avance...

Mars est le maître de l’heure, non Apollon... On nous traite de barbares. Nous en rions.”

@ Le Post de Berlin du 20 décembre 1914 émettait cetto monstrueuse théorie : - ‘* Faire la guerre humainement, c’est en vérité la faire

cruellement, car une guerre humaine dure plus longtemps et exige de plus grands sacrifices,”

La journée ne se Passa pas partout aussi paisiblement que dans la région où Biebenheim s'était contenté, à vrai dire, d'opérer une levée de maires et d’automobiles, et de faire boire et manger ses hommes aux dépens des habitants.

Les patrouilles dirigées à l’ouest de la ville poussèrent jusqu’à des villages où était affiché le décret du 8ouvernement canadien ordonnant la levée en masse. |

Le premier mouvement de la population en certains endroits avait été de s'opposer carrément à l’enrôlement. Qu’'avons-nous à faire, disait-on, à ces chicanes de la vieille Europe ? Avant d’être à l'Angleterre, NOUS avons appartenu à la France; aujourd’hui c’est un ‘autre maître qui se présente. Change pour change.

C’est à l'Angleterre, non à nous autres, qu’en veut l’Allemagne. Mordu d’un chien ou d’une

ours bête à quatre pattes.

u’on nous laisse vivre tranquilles sur nos terres, peu importe qui nous gouverne.

Il y en avait même qui ajoutaient: Après tout, nous serions peut-être aussi bien sous le : régime allemand !...

Il eût été inutile de discuter avec ces esprits sans horizon, ces égoïstes myopes incapables €: voir plus loin que les bornes de leur champ d'avoine. Ces natures-là sont mûres pour l’esclavage. Heureusement, ceux qui tenaient ce langage d’ilotes n'étaient qu’une infime minorité. Leurs lâches murniures furent bientôt étouffés par des voix éloquentes.

Ce même dimanche, dans un des villages les plus éloignés au’allaient visiter les patrouilles lancées de Québec, le curé de l’endroit laissa tomber de la chaire, au prône, des paroles qui créèrent une sensation indescriptible.

# Mes chers frères, dit-il en substance, vous êtes l’un des peuples les plus heureux de la terre. Vous ne semblez pas vous en rendre compte, s’il faut en juger par vos coléances journalières. Vous vous plaignez des taxes: taxes fédérales, taxes provinciales, taxes municipales, taxes scolaires, contributions pour le maintien des asiles d’aliénés, pour l’administration de la justice,

répartitions d'église, la dîme du curé, et que sais-je encore ? Mais, dites-moi, avez-vous jamais songé qu’il existe une autre taxe, bien plus dure, que vous n’avez jamais encore été appelés à payer?... Vous me regardez avec étonnement; vous vous demandez Peut-être si je suis dans mon bon sens. Eh bien, oui, j’affirme que Vous avez été jusqu'ici exemptés d’un impôt que bien d’aütres nations versent généreusement.

Pourquoi y échapperiez-vous plutôt que d’autres de vos semblables ? Qu’avez-vous donc exceptionnellement mérité du ciel pour qu'il vous épargne ce qui est le lot du reste de l'humanité ? Mes frères, cette taxe que vous n'avez jamais payée, êtes-vous aujourd’hui prêts à la verser ? Je vais vous la nommer: c’est l'impôt du sang! ” ©

Et il s'arrêta comme s’il attendait une réponse.

Dire que ces quelques phrases, énoncées avec cette simplicité qui va droit au Cœur, remuèrent profondément l'auditoire, serait banal.

Des sanglots étoufrés rompirent le silence de

© Ce sermon a été prononcé un dimanehe de janvier 1916, pendant la Campagne de recrutement, par le curé d’une paroisse du bas du fleuve.

154 SIMILIA SIMILIBUS mere ee mort qui suivit les derniers mots du prédicateur. Quelques femmes faillirent se trouver mal. Les vieillards sentirent bouillonner dans leurs veines un flot oublié de jeunesse. Les jeunes hommes auxquels s’adressait plus particulièrement cet appel d’en haut pâlirent un peu, mais redressèrent fièrement la tête, regardant droit devant eux, comme si une vision céleste leur apparaissait, sanglante peut-être, mais brillante, pour la première fois de leur vie.

Une autre äpparition non moins inattendue les guettait au sortir de l’église.

Une demi-douzaine d’autos chargés d’une vingtaine de militaires casqués et armés venaient de déboucher avec fracas sur la place publique et s'était rangée à une certaine distance en face de l’église. Le chef apparent de la bande avait lui aussi appelé ‘“ Monsieur le maire ”, à qui il avait dit d’un ton péremptoire:

— Vous allez d’abord ordonner à votre monde de venir déposer entre nos mains toutes les armes à feu qu’il possède.

— Qu'est-ce qu’il y a?... Qu'est-ce qu'il dit,

celui-là ? ge demandaient les habitants les uns aux autres,

— C’est un officier venu de Québec qui veut voir nos fusils, répondit un jeune, sans la moindre intention de malice.

— Les fusils?... Ah l'oui, les fusils ! firent

plusieurs voix avec un curieux accent, Eh bien, allons les chercher.

Et là-dessus, une cinquantaine de ces joyeux 8arçons partaient en courant dans la grand’rue du village, où il se trouvait quelques-uns de ces établissements de Commerce portant pour enseigne: “ Magasin général ”, c’est à-dire munitionnés d’à peu près tout ce qui peut trouver acheteur à la Campagne, depuis le ‘ chapeau garni ” jusqu’à la casserole de cuisine,

Le gros de la foule des paroissiens était resté sur la place, resserrant de plus en plus le cercle qui entourait le maire et l'officier, lesquels continuaient à parlementer.

La discussion s’échauffait, car le maire affectait de ne rien comprendre à ce que l’autre exigeait impérieusement de lui. Aller à Québec ?... Pourquoi faire?... I] n’irait certaine-

156 , -SIMILIA SIMILIBUS a ment pas, surtout avec une escorte de soldats, comme un malfaiteur... Nous autres au Canada, on n’est point accoutumé à ces manières-là. . Pourquoi vouloir l'emmener de force? il n’a rien fait de mal... . Si le général Malbrough s’en va-t-en guerre—qu'il s'appelle comme il voudra —8 affaire à la municipalité, qu’il vienne, on se parlera... Et patati, et patata !

L’étranger, abasourdi de cette grêle d’objections, a beau élever la voix d’un ton chaque fois qu’il peut placer un mot, rien n ’y fait.

Il en est presque venu aux menaces, porte de temps à autre la main droite à la garde de son sabre, fait mine de vouloir appeler ses gens ; mais au moins dix rangées de têtes curieuses, plus haute que la sienne, lui barrent la vue de tous côtés. Ses hommes suivent cette scène de loin, sans oser bouger, retenus par la discipline qui les tient isolés autour de leurs automobiles.

Soudain, un grand cri part de la rue + oisine:

— Les v’là, les fusils !

Et au même moment, toute une bande de jeunesses débouche sur la place en brandissant des carabines ‘Winchester, des fusils de chasse

ordinaires, de vieux môusquets à pierre, des pistolets de tous calibres, tout ce qu’on a pu ramas-

ser dans les magasins ou dans les maisons d’alentour,

En moins de temps qu’on ne peut le dire, ces francs-tireurs improvisés braquent leurs armes sur le groupe des automobilistes, qui reçoivent

la poussière ; les autres sautent en voiture et ne

Songent qu’à fuir. Aussitôt leurs machines em-

brayées, ils filent à toute vitesse dans la direction d’où ils sont venus, sans demander leur

heure venue. Pas du tout; on se contente de le serrer de près, de Comme dans un étau.

gêner ses mouvements

en — —

Le curé, qui a entendu la fusillade, se précipite au-devant du groupe des francs-tireurs.

— Malheureux! leur crie-t-il d’un ton de sévère reproche, pourquoi avez-vous fait cela ?

L'un d’eux, apparemment leur chef improvisé, lui répond sur le même ton:

— Et vous, m’sieu le Curé, pourquoi, ah ! pourquoi nous avez-vous parlé comme ça ?

L'abbé lève les yeux au ciel, mais reste muet.

Pendant que ces choses se passent, les femmes sont accourues elles aussi; il y a là, entre les automobiles restées sur place, des blessés, des mourants, des morts peut-être ? Heureusement non; personne n’a été tué du coup. Quelquesuns des dix Allemands qui sont tombés n’en valent guère mieux, il est vrai.

Avec l’aide des bonnes sœurs du couvent voisin, les villageoïses leur donnent les premiers soins en attendant l’arrivée du médecin de l’endroit, qu’on est allé quérir en toute hâte. On les transporte avec précaution dans les plus proches maisons; ceux qui n’ont pas perdu connaissance semblent ébahis d’être aussi bien traités.

s'entendre dire par m'sie ‘Venez dîner avec moi, en famille

u le maire :

; ON Causera Il comprit qu'il était Prisonnier; mais le geolier lui Parut très gentil. Evidemment, il n’était pas habitué à ces manières-]à.

Mais, le premier moment de surexcitation Passé, il fallait songer au lendemain. Les étran- 8ers Qui avaient échappé aux Coups de feu et qui avaient Pris la poudre d’escampette allaient sûrement rapporter la tragédie aux Quartiersgénéraux à Québec, et l’on devait s'attendre à de rudes représailles,

Comme les 8ens rassemblés sur le perron de l’église à l'heure des vêpres discutaient la situation, un train spécial arrivait de l’ouest avec un détachement de réguliers dont le Commandant

était chargé de Procéder le jour Même au recry-

tement Prescrit par le décret ministériel.

hs

accueilli par des marques de joie. D'abord, c'était un commencement de secours; et puis, bast ! il s’était passé tant de chose depuis quelques heures !

L’habitant canadien est l'être le plus pacifique du monde; il l’est au point de paraître le plus pantouflard des hommes de la terre.

Il a une sainte horreur de la guerre et de tout ce qui s’y rattache, pour l'excellente raison qu'il n'y a jamais passé. Lui parler de recrutement en temps ordinaire est assez pour le faire fuir au fond des bois.

Les Européens, les Français en particulier, qu’il a parfois rencontrés, et qui ont des trémolos dans la voix chaque fois qu'ils prononcent le mot Patrie, lui ont toujours paru tant.soit peu ridicules. S'il avait comme nous entendu ce vieux patriote alsacien réfugié à Québec dont l’invariable discours chaque année, à la fête du 14 juillet, consiste à se lever très ému, à balbuier : ‘“* Messieurs, l’AlsAâce... l’Alsdâce ... ! après quoi il éclate en sanglots et se rasseoit, le type qui fait le sujet de cette digression aurait certainement dit: ‘ Le bonhomme est fou, et

ceux qui l’écoutent itou ”, Pour lui, “ verser S0n sang pour la défense du sol ”, “ mourir pour la Patrie ”, sont de belles phrases à panache, Comme on en entend à l’Auditorium, le d.lirieux grand théâtre de Québec. Rien de pius,

Mais mettez-le une bonne fois, carmim. il arrive en ce moment, aux prises avc iç« . Uières réalités de la Buerre, qu'il se voie soudair n. menacé dans ses biens, dans se: liber 4x, ses droits, oh! alors, ce n’est Pins ie "ueme homme, L'agneau se métamorphose Insiantæs nément en lion rugissant.

C'est Pourquoi, cet après-midi-là, . malgré le ciel gris et la pluie fine et froide qui en dégouttait, les abords de la salle publique, transformée

iëns

résignés, quelques-uns entratnés par l’exemple, Pour ne pas passer pour des lâches, peut-être poussés par quelque dépit ou peine d’amour.

— Ce n’est pas bien drôle tout de même, disait l’un des sortants qui tenait son certificat d’attestation dans sa main, d’aller tout bêtement exposer sa vie à l’âge où l’on y a à peine goûté !

— Bah ! ditun camarade, on ne meurt qu’une fois, et encore seulement quand son heure est arrivée. Quand la tienne sonnera, prends toutes les précautions que tu voudras, il faut bien que tu avales ta langue comme les autres, dans ton lit comme ailleurs. Mourir pour mourir, n’est-il pas cent fois mieux de tomber les armes à la main au champ d'honneur? Au moins on laisse un nom glorieux à sa famille.

— C’est pourtant vrai, je n’avais pas songé à ça, répondit l’autre.

Ce qui prouverait qu’un mauvais principe peut quelquefois servir une bonne cause. C'était peut-être la première fois que le fatalisme musulman venait au secours du gouvernement canadien. La recette est spécialement recommandée aux agents recruteurs de l'avenir.

Dans cette même journée du dimanche, la garnison allemande de Québec avait reçu du renfort. Quelques centaines de fantassins, grenadiers, artilleurs lui étaient arrivés par trains spéciaux sur les chemins de fer de la rive sud.

En même temps, le haut Commendement recevait pour la première fois des nouvelles précises des autres Corps d’invasion. Ces Communiqués étaient loin d’être bien Tassurants. Partout le long de la frontière de Québec et d’Ontario, les

tentatives d’envahissement avaient plutôt misérablement échoué.

en contrebande Pour venir prêter main-forte à leurs compatrictes.

Partout, la vigilance des autorités Canadiennes avait assez bien réussi à déjouer des plans pourtant concertés avec une habileté infernale.

On avait fait en outre des Perquisitions domi. (163)

164 SIMILIA SIMILIBUS ES ciliaires aux différents groupes d'immigration allemande qui en ces dernières années s'étaient échelonnés au nord du Saint-Laurent et de l’'Ottawa, d’après un ordre de gradation trop symétrique pour ne pas faire partie d’un vaste complot d'ensemble dont l'esprit dirigeant ne pouvait être ailleurs qu’à Berlin.

Ces recherches avaient amené de singulières découvertes: presque partout, il y avait toute une organisation de cercles mystérieux, espèces de sociétés secrètes quasi-anarchistes, en correspondance suivie avec des centres d’action établis ça et là, tant au Canada qu'aux Etats-Unis, souvent même munis d'appareils de télégraphie sans fil.

Au cœur même de la grande ville de Montréal, on venait de dénicher un poste très bien aménagé de radio-conducteurs capable de percevoir les ondes hertziennes de très loin; il avait encore tout récemment servi à échanger des signaux avec un poste correspondant de l’autre côté de la frontière américaine. ©

@ En 1914, un citoyen en vue de Montréal, que nous désignerons seulement par l'initiale P..., en Prenant possession de sa nouvelle habitation au fond

LE NUMÉRO Deux 165

Cette organisation se ramifiait jusque dans les prairies de l'Ouest, jusqu’en Colombie Britannique même, © On avait vu dans les journaux,

esprit dans lequel ce souterraine entretiennent leurs affidés :

“Un jour de mai dernier (1915), être Cuisini

Vue, surprit sa Uisinière, une grosse Allemande, au téléphone en train de donner

© L'ineident suivant, raconté Li. d’Edmontos (Alberta), Peint bien l'état d' i éoats

champ ; cela vous Permettra d'aller ensuite vous

= > uvantable que votre nation vient de commettre.” nutile d'ajouter que Gretchen ne se le fit pas dire deux fois”:

166 SIMILIA SIMILIBUS Re

guider les pirates allemands sur l'Océan Pacifique. .

Bref, la mèche était éventée. Tout ce qu’il y avait de régiments réguliers et volontaires sur pied avait été mobilisé dès le premier jour, et le Ministère de la Milice et de la Défense organisait avec une activité fiévreuse l'armement et l'équipement des centaines de mille jeunes hommes qui venaient d’être appelés au service,

Heureusement, depuis plusieurs années, le Canada avait fait abondante provision de fusils et de munitions, grâce à son excellente organisation d’armurerie, de cartoucherie et de fonderie d'obus. La perspective n’était donc pas précisément rose pour les sinistres agresseurs du Dominion.

Dans son somptueux cabinet de travail au Château, Von Goelinger était en train ue déchiffrer les dépêches qui, tout en parlant d’éczecs partiels, lui commandaient de tenir bon de son côté, lorsque son aide-de-camp vint lui apprendre qu’une des patrouilles envoyées dans le district avait été exterminée.

Nous avons déjà dit que chez le farouche

LE NUMÉRO peux 167

tant de mauvaises nouvelles regues coup sur Coup, dès qu’il fut seul il laissa échapper un gros soupir, tout en &rommelant entre ses dents:

— Il va donc falloir passer aux instructions numéro deux !

IT n’est pas nécessaire d’avoir lu les ouvrages révélateurs du général Bernhardi pour savoir

comme papier de musique,

Dans cette rude discipline dont l’origine re- Monte à la canne du Gros Guillaume, lequel s’en servait habituellement Pour fouailler les femmes même en pleine rue, les abréviations comptent, les nombres sont des hiéroglyphes gros de sens. Le lecteur à donc naturellement conclu que, puisqu'il fallait Passer au ‘“ deux ”, c’est que le ‘un ? était épuisé, c’est-à-dire qu’il ne suffirait plus de désarmer les habitants et d’interner les notables à titre d’otages. *

Quant aux mystérieuses instructions numéro

deux, on n'allait pas tarder à voir en quoi elles Consistaient.

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168 SIMILIA SIMILIBUS a

Effectivement, à peine les nouveaux ordres étaient-ils distribués aux différents commandements de la garnison, qu’on y percevait les signes d’un grand branle-bas. Chevaux et automobiles étaient réquisitionnés par toute la ville, de même que force bidons de résine, de benzine et d’autres produits auxquels la science allemande ne cesse d’inventer toute sorte d'applications plus originales les unes que les autres.

Les gens matineux purent assister dès le petit jour au départ de nombreux détachements armés et munitionnés de toute façon, filant à toute vitesse à travers les grandes rues, pour se disperser er te en éventail sur les routes qui divergent de Jjuébec vers le Nord, à l'Est et à l'Ouest.

Le plus formidable de ces corps expéditionnaires et e premier parti avait pour destination, où le pense bien, le village éloigné où les instructions numéro un avaient été canardées et mises en loque. Mais là non plus, on n’avait pas perdu son temps.

Le fil de fer barbelé est un article de commerce très en vogue dans nos campagnes, étant reconnu comme la meilleure protection contre le bétail

sauteur—les squteur Comme on dit par chez nous. Les marchands en font un gros débit, et en gardent toujours des stocks considérables.

Cette fois, on en avait tendu une triple rangée sur tout un côté du village, car on s'attendait à la très Prochaine visite d’une sorte de bétail nouvellement importé dans le pays.

Le télégraphe avait aussi joué et la petite garnison de la place avait reçu du renfort durant la nuit. Plus que cela: les jeunes recrues de la veille, qui avaient si vaillamment, sinon reçu, au moins administré le baptême de feu, avaient organisé entre eux un petit militarisme de leur façon.

Ceux à qui il manquait encore un fusil avaient

» Par un simple changement à l’angulation de la douille, Ce primitif outil champêtre, d’instrument de paix et de travail devenait ainsi l’un des plus formidables outils de Buerre, ressemblant à s'y méprendre à l’arme favorite des Polonais de 1793. Ceux qui

170 SIMILIA SIMILIBUS mm

Respectons la propriété littéraire. Le véritable parrain de ces jeunes Faucheurs, celui qui avait puisé dans ses souvenirs historiques l’inspiration de ce pittoresque cri de guerre, et qui se voyait déjà dans le rôle d’un Kosciusko ou d’un La Rochejacquelein à la tête d'un parti de héros paysans, était l’un de ces personnages dépareillés, pour ne pas dire types à part, qui ne passent peut-être qu’une fois tous les cent ans sur la terre. Celui-ci mérite que nous nous arrêtions un instant, en attendant que ses Faucheurs de la Mort croisent le fer avec les

spadassins qu’ils guettent là-bas au coin d’une route.

Droit comme un I, fier comme un hidalgo, toujours soigneusement sanglé et boutonné presque jusqu’au cou dans son invariable frac noir dont les basques flottent mollement sur un pantalon à la hussarde, la gorge serrée dans une de ses larges cravates auxquelles il tient comme à sa barbiche à la Napoléon IIT, il est le portrait vivant du soldat du Second Empire.

En effet, le bouton cerclé de rouge qui orne le revers de son habit, la médaille militaire qu’il ne

LE NUMÉRO DEUx 171

manque jamais d’arborer dans les grandes cir- Constances, prouvent assez qu'il a un passé | N’a-t-il pas fait la Campagne du Mexique sous l’infortuné Maximilien d'Autriche, n’a-t-il pas même servi le drapeau de la Frrrânce ” en Algérie? De ces héroïques souvenirs lui vient

sans doute ce tragique sourire qui flotte éternellement sur ses lèvres.

Orateur fougueux, quand il prend la parole, que ce soit devant un rassemblement populaire ou dans une paisible salle de délibération, c’est toujours sa grande voix des batailles qui tonne. Il faut l'entendre alors, car il a une manière à lui de rouler les r à faire vibrer les vitres. Ses deux gestes favoris consistent, l’un à empoigner nerveusement son impériale, l’autre à porter la main droite à son côté gauche comme pour mettre flamberge au vent; alors, l’ennemi fuit en désordre. |

Une âme héroïque comme celle-là devait souffrir le martyre dans un milieu prosaïque comme celui où elle avait pris corps dans un moment de distraction sans doute, et où l’on n’entendait parler que commerce de bois et de

oo

cuir. La vie de cet homme jusque-là avait été un rêve et un désenchantement. Son rêve était une chimère, son désenchantement la réalité.

Dès son jeune âge, il avait logé dans un coin de son cœur l’image de l’adoréé. L'adorée, c'était “la Frrânce, la France chevaleresque, idéaliste, la France qu'il n'avait encore vue qu’en songe, mais qu’il se promettait bien d’aller voir. Ilavait fait vœu que, lorsqu'il y mettrait les pieds, son premier geste en débarquant sur les quais de Calais ou du Havre serait de se jeter à plat ventre au risque de passer pour fou à lier, et de donner à la terre de France le doux baiser qu’un fils doit à sa mère.

Son imagination peuplait l'air ambiant de visions tricolores. Il avait dû, dans ses années de collège, passer de longues heures sur les remparts de Québec, interrogeant avidement l’horizon dans l'espoir d’y voir poindre les couleurs de France, à l'instar du vieux soldat de Carillon chanté par Crémasie.

Dis-moi, mon fils, ne paraissent-ils pas ?

Ce fut sans doute le plus beau jour de sa jeu-

LE NUMÉRO peux 173

nesse, celui où une fringante Corvette française

à George III. Par la suite, chaque fois qu'il arrivait des délégués de France, il était le premier à leur souhaiter la bienvenue comme à des frères. Il se considérait sérieusement lui-même comme un pur Français de France, l’un de ces malheureux émigrés que la fatalité avait forcés de quitter leur beau pays; seulement, dans son Cas, l'émigration avait eu lieu longtemps avant sa naissance. |

Il était né de modestes, mais excellents parents appelés Gontrand. Mais dans son rêve de gloire il voulait se faire un nom à lui-même. Il s’en fit un, voici comment, Un jour qu'il remontait le fleuve en Compagnie de brillants officiers de la marine française, à qui il était en train de faire un Cours d'histoire du Canada où le four banal et le moulin banal des anciens sei- &neurs de la colonie française jouaient un grand rôle, il lui arriva, en passant au large d’un endroit appelé Saint-Denis, d'indiquer sur la rive un vieux moulin à vent dégarni de ses ailes, et

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de dire modestement : “Voilà le moulin banal de mon père ! ”

De ce moment, les officiers l’avaient pris pour le fils du seigneur de la place et ne l’appelaient plus que Monsieur de Saint-Denis. A partir de là, lui-même ne signa plus autrement que Gontran de Saint-Denis, en laissant négligemment glisser sous sa plume la dernière lettre de son nom patronymique.

Or, le hasard avait voulu que Gontran de Saint-Denis eût choisi pour sa villégiature d’été le village même où venait de se jouer le drame

que nous venons de relater. Quelle providence pour les Faucheurs de la Mort, et surtout pour le vétéran du Mexique qui, depuis si longtemps, ne vivait de duels et de combats mortels qu’en rêve !

Aussi ce matin-là avait-il passé à sa ceinture la vénérable épée de Tolède rapportée de ses lointains voyages, laquelle du reste faisait toujours partie intégrante de ses bagages.

Les Faucheurs qui, en l’attendant sur la place publique, s'étaient intéressés à suivre les manœuvres matinales de la troupe régulière, le

prièrent de leur donner quelques notions élémentaires pour régler l’ordre de la marche et les évolutions d'ensemble qu’ils auraient à exécuter, Car bien peu d’entre eux avaient fréquenté l’école militaire,

C’est ce qu'il fit volontiers, mais d’une voix de tonnerre, et, comme de, leur côté ses élèves y mettaient un extrême bon vouloir, tout marchait assez bien Pour un début, sauf quelques légers malentendus dans le genre de celui-ci.

L'un des gars persistant à se tromper de pied dans un mouvement de Conversion, M. de Saint- Denis alla à lui:

— Crrebleu ! tonna-t-il, voyons... le pied drroit !

— J'en ai pas, répondit ingénument la recrue,

— Comment ! nom d’un nom ! vous avez toujours un pied gauche... Eh bien, l’au-trre, vous dis-je ? |

— Ah ! m’commandant, fit l’autre subitement éclairé. Le pied draite..

- j'avais compris le pied-de-roi !

Bref, au bout d’une heure, la troupe des Faucheurs en savait assez long pour évoluer avec un

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certain ensemble sur le terrain. Quant au maniement de l’arme, on pouvait compter sur eux.

Ce ne fut pas là le seul fruit de sa glorieuse expérience que M. de Saint-Denis devait contribuer au succès de la journée.

— Nous avons à faire à des enragés, s’était-il dit. Mais il faut leur montrer qu’il ne fait pas bon se frrotter à un vieux de la vieille qui connaît le jeu.

Après s'être un peu creusé la cervelle pour inventer q'ielque bon tour de Jarnac À jouer à ces coquins d’Allemands, il s'écria tout-à-coup:

Eurreka! se rendit auprès du commandant de la troupe régulière et lui parla à l’oreille. ..

On se comprend à demi-mot entre grands stratégistes. Al right. Suffit. C’est tout.

Aussi faut-il renoncer à peindre la double surprise qu’éprouvèrent les porteurs des instructions numéro deux lorsqu’à leur arrivée aux abords du village, ils se virent en face d’un large et impassable réseau de broche épineuse, derrière lequel se dressait ‘une petite armée en parfait ordre de bataille.

Leur stupeur s’accentua davantage à la vue du miracle qui s’opérait tout près d'eux, sur

LE NUMÉRO DEUx 177 em l’un des côtés de la route. En apparence, c'était un inoffensif champ d’avoine môûrissante. Soudain, les épis dorés se transforment sous leurs yeux en curieux fers de lance, recourbés comme des cimeterres. :

En réalité, c’étaient les Faucheurs qui les prenaient en flanc, à l'instant même où tous les fusils de la milice leur crachaient au visage, Une partie de la colonne d'attaque avait fait demi-tour et allait tirer Prèsque à bout portant sur les porteurs de faulx, lorsqu’en avant de Ceux-ci ils virent tout à coup se dresser une dizaine d’Allemands comme eux-mêmes, désarmés, mais levant les bras en l’air et criant avec un Curieux accent: “ Pas kapout ! pas kapout ! ”

Les kaiserlicks crurent sincèrement que c’étaient leurs malheureux Camarades de la veille : que ces paysans armés de faulx de guerre avaient forcés de leur faire un rempart de leur corps. Ils hésitèrent un instant. Ce fut leur perte.

La tête de leur colonne se repliait en désordre sous la grêle incessante de balles qui leur venait du village, où les troupiers, bien abrités derrière leur barricade, pouvaient aveugler leurs adver-

saires à découvert sur le grand chemin, sans trop de danger pour eux-mêmes.

Bientôt la débandade fut générale. Les survivants regagnèrent au pas de course leurs autos et leurs chevaux, qu'ils avaient laissés à quelque distance en arrière, abandonnant sur place.

quelques-uñs de leurs blessés et de leurs bidons.

Mais, pendant que le bouillant Gontran de Saint-Denis bondissait d'enthousiasme en brandissant son épée et en criant: Victoirre—car c'était lui, on l’a facilement deviné, qui avait imaginé d'utiliser les uniformes des blessés de la veille pour travestir une dizaine de ses hommes— à sa voix de sten‘or répondaient au loin de hideuses clameurs de vengeance.

En effet, à cette même heure, dans la plupart des autres villages plus rapprochés de la ville, il se passait des scènes bien différentes; et, lorsque la nuit vint, le firmament, aussi loin que portait la vue, apparaissait teinté de lueurs fauves qui avaient une sinistre signification. C’étaient des villages entiers qui brüûlaient, exhalant ça et là dans l’atmosphère de repoussantes odeurs de chair humaine roussie.

Le numéro deux opérait !

Encore de nos jours, lorsqu'on veut faire le plus bel éloge de quelque couple vénérable, modèle des vertus conjugales, vivant plaidoyer en faveur de l’indissolubilité des amours légitimes, autant dire contre le divorce, —deux noms, bien vieux pourtant et bien légendaires aussi, se présentent d'eux-mêmes, comme mus par un ressort: ceux de Philémon et Baucis, qu’Ovide à immortalisés dans ses M élamorphoses.

Il faut croire que les ménages exemplaires n'étaient pas très communs dans l’antiquité, puisque les païens ont pris la peine de diviniser celui-là.

La légende mythologique rapporte que Jupiter sauva Philémon et Baucis du déluge pour les récompenser ‘de lui avoir donné l'hospitalité, et leur octroya la grâce de mourir de vieillesse ensemble. Leur mort même ne fut qu’une transformation : je mari modèle prit la forme du chêne altier, et la femme fidèle jusqu’à la mort devint un tilleul odorant,.

Nerréteeenrtitnheirersinmientvabéts LES

180 SIMILIA SIMILIBUS te di

Goethe, qui leur consacre une courte scène de sa fantasmagorique et interminable bacchanale de Faust, en bon allemand les fait tout simplement assassiner et rôtir dans leur cabane par la main du Diable en personne. Voici en quels termes mi-gouailleurs mi-sérieux Méphisto fait rapport du succès de son expédition :

“ Mephistophélès et les trois.—Nous revenons au grand trot ; pardonnez ! les choses ne se sont point passées de la meilleure grâce. Nous avons frappé, nous avons cogné ; et jamais on ne nous ouvrait ; alors nous ébranlâmes la porte, nous heurtâmes et le vieux bois moisi tomba sur le carreau. Nous avions beau appeler à grande voix, menacer, on faisait mine’de ne pas nous entendre, et, comme cela se présente en pareil cas, ils ne nous écoutaient ni ne voulaient ; mais nous, alors, sans perdre de temps, nous t’en avons débarrassé promptement. Le couple ne s’est pas beaucoup débattu ; ils sont tombés tout d’abord, pâmés de frayeur. Un étranger qui se trouvait là a voulu résister, nous l’avons étendu mort, et, pendant le court espace du combat furieux, les charbons ont allumé la paille dispersée alentour. Maintenant, cela flambe librement comme un bûcher préparé pour eux trois.”’

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Or, les Philémon et Baucis sont légion dans n0S paisibles Campagnes, avec cette petite difrérence qu’ils ont généralement beaucoup d’enfant:. Le lecteur sera donc peut-être terrifié, mais non étonné, du sort qui leur était réservé dans la partie du pays temporairement occupée par les compatriotes de Goethe.

Ce sont ces derniers qui, pour l’occasion, font l'office de Méphistophélès, étant donné qu’ils ont à opérer sur une multitude de ménages à la

Philémon, disséminés sur une assez vaste étendue de territoire.

Dans ces conditions, il fallait bien que le Diable, pour la bonne.exécution des ordres supérieurs, se multipliât de manière à pouvoir entrer dans la peau de chacun des centaines d’Allemands qui allaient semer la grande Terreur

dans un certain T8YOn autour de Québec pendant les lugubres journ

ées dont nous avons à parler.

+ Hetiqiie ll PNR

182 SIMILIA SIMILIBUS ee détails circonstanciés de ces horreurs sans nom. De pareilles monstruosités demandent à être relatées dans le style froid et positif du document juridique, sans commentaires ; autrement, l’être le moins sensible n’en pourrait supporter la lecture.

‘Ce matin-là, dit l’un des témoins sous serment, je vis entrer dans le village un parti de militaires costumés comme je n’en avais jamais vu. On me dit que c’étaient des Allemands.

Ils étaient suivis d’un officier avec trois ou quatre soldats en moto-car. Ceux-ci firent signe à deux jeunes gens qui se trouvaient dans un champ le long du chemin. Effrayés, ceux-ci se mirent à courir ; les soldats alors tirèrent sur eux et en tuèrent un.”

Le meurtre de cet inoffensif garçon fut le prélude de l’incendie du village de... (village situé à une dizaine de milles au nord-ouest de Québec), ainsi que du fusillement au hasard, sans discernement, de non-combattants des deux sexes, en outre de l’exécution militairement organisée de nombreux groupes de prisonniers qu’on menait à la boucherie comme des moutons.

C’est ainsi qu’à Saint-..., une cinquantaine

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de personnes qui cherchaient à s'évader des maisons en flammes étaient saisies, traînées hors du Village et fusillées. Dans un village voisin, quarante hommes eurent le même sort.

Dans une maison seule, le père et la mère ont été abattus à Coups de fusil, la fille est morte après avoir subi les derniers outrages et le garçon, l'unique survivaut, était gravement blessé.

Les enfants n'étaient Pas exemptés. ‘ J'ai vu, rapporte un autre témoin, empilés sur le seuil de leur maison les cadavres du père, de la mère et d’une fillette de neuf ans, qui avaient été évidemment tués l’un après l’autre à mesure qu’ils cherchaient à enjamber la porte ”.

Dans un champ appartenant à un homme du nom de E..., cinquante-sept civils ont été mis à mort. L'officier allemand, en entrant dans le village, avait dit : « Vous avez tiré sur nous.” L'un des villageois ayant demandé la pertnission de parler, dit : “Si c’est là votre idée, tuez-moi, mais laissez'aller ces hommes.” La réponse fut une volée de balles. Ceux qui ne tombèrent pas du coup furent baïonnettés.

La plupart des rapports de l’enquête consta-

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tent que les maisons et bâtiments de ferme sur le passage des patrouilles étaient systématiquement incendiés au moyen de benzine, et que nombre de familles furent brûlées vives dans leurs maisons, d’où on les empêchait de force de s'échapper.

Dans le carnet trouvé sur la personne d’un des soldats de la garnison allemande de Québec après la délivrance de la place, on lisait cette note qui prouve bien que la boucherie avait été ordonnée de haut : ‘“ Dans un logis, nous trouvâmes des armes à feu. Tous ceux qui l’habitaient sans exception ont été fusillés. Ce fut un spectacle navrant. Tous se mirent à genoux pour prier, mais il n’y avait pas de place pour la pitié ! Quelques coups de fusil, et tous tombaient à la renverse sur l’herbe tendre pour y dormir de leur dernier sommeil.”

Dars une localité sur les bords du Saint- Laurent, une centaine de personnes furent passées par les armes, quelques-unes fusillées à bout portant par les soupiraux des caves où elles cherchaient refuge. Dans une seule famille, huit hommes ont été ainsi assassinés. Un autre

‘DIES IRAE ” 185 mm fut planté on face d’une mitrailleuse et en reçut la décharge À bout portant. Sa femme rapporta son Cadavre chez elle dans une brouette. Les Allemands l'y suivirent et y firent bombance avec tout ce qu’ils y trouvèrent à manger et à boire.

Dans la paroisse de..., le massacre des habitants dura plus de deux heures. On remarqua que la plupart des bandits étaient ivres, vt il n'y

‘avait personne pour les mater. Le lendemain

matin, après une nuit d’orgie, les Allemands recommencèrent à vider les maisons. Hommes, femmes et enfants étaient menés en troupeau dans un-champ, et là on les séparait selon leur sexe, Trois hommes furent tués à coups de fusil, un quatrième à Coups de baïonnette.

À ..., le inaîttre d'école fut abattu d’un coup de pistolet par un officier. Avant de mourir, il

’officier répondit qu’il avait perdu la tête parce que quelques geus de la Place avaient tiré sur les Allemands à leur arrivée, fait dont la vérité n’a pu être établie.

Une femme jura avoir vu un jeune garçon de

: \ quinze ans tué d’un coup de fusil tout près de chez elle, et peu après, une fillette et ses deux petits frères, qui regardaient passer les soldats, abattus devant ses yeux sans le moindre motif apparent.

À Saint- ..., le même jour, un adolescent de dix-huit ans était tué d’une balle dans son jardin. Son père et son frère furent ensuite traînés hors de la maison et fusillés dans une cour voisine. * Le fils fut fusillé le premier, après quoi le père fût forcé de se tenir debout tout près du corps encore chaud de son enfant et de le regarder fixement pendant qu’on s’apprêtait à tirer sur lui. :

Dans une des petites villes au nord-ouest de Québec, on vit passer un détachement d’Allemands emmenant avec eux, entre deux cables supportés à la tête, à la queue et au centre par les soldats, une vingtaine de civils, des otages, disait-on. Quelques-uns des troupiers portaient un insigne spécial, et l’on remarquait qu’en passant le long.des maisons ils y jetaient des poignées de pastilles inflammables et explosives, qu’ils puisaient à pleines mains dans de grandes

sàcoches dont la Courroie était passée à leur cou. Une cinquantaine de maisons furent ainsi détruites de fond en comble, sans que personne pût combattre le feu.

La veuve du maire de ... a confirmé le récit que d’autres témoins avaient fait de l'exécution sommaire de son époux et de son fils avec plusieurs autres citoyens de l’endroit.

après, entendant des Coups de feu, elle Courut à sa fenêtre et vit que

les soldats tiraient dans les maisons. Elle retourna auprès de SOn mari, qui venait de rentrer. Tout à coup la porte s’ouvrit pour laisser passage à un militaire qui lui dit : “Le Capitaine vient d’être tué ; Où est le maire ? ” Mon mari me dit alors : “ Voilà qui ne sent pas bon pour moi.” —“ Je dis au soldat : “ Vous voyez par vousmême que ce n’est pas lui qui a tiré.””—« Cela ne fait pas de différence, répondit-il, il est res-

avec lui à entôt, em-

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188 SIMILIA SIMILIBUS ee

poigna mon garçon et le fit marcher devant lui en lui assénant des coups de pied. Le pauvre enfant pouvait à peine marcher. Dans la matinée, lorsque les Allemands avaient commencé à tirer dans les fenêtres, il avait été atteint à la jambe par un ricochet de balle. Après le départ de mon mari et de mon fils, les soldats vinrent nous prendre de force, ma fille et moi, et nous forcèrent d’aller au dehors voir le cadavre de leur capitaiñe. Nous fûmes bousculées dans la rue, sans manteau ni coiffure. Nous dûmes rester là entourées de soldats, et assister à l’incendie du village. A une “heure du matin, aux sinistres lueurs du feu, je vis passer mon mari et mon fils ligotés côte à côte : mon beau-frère les suivait. On les menait au lieu de nr tion.”

Dans un autre endroit, sous prétexte qu’on avait tiré sur eux du presbytère, les soldats s’emparèrent du curé et le tratnèrent le long du mur de l’église, en le frappant à la tête. Il demanda en français qu’on lui permît de se tourner la face au mur ; ils refusèrent d’abord, puis le laissèrent se retourner, à condition qu’il se tint

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les bras levés au-dessus de sa tête. Une heure

après quoi, le Collant la face au mur d’une maison, cinq soldats le fusillèrent.

Toute une Population, enfermée dans l’église de la paroisse à laquelle on finit par mettre le feu, y passa des heures d’angoisse indicible. Une femme fut prise de folie furieuse, plusieurs enfants moururent de Peur, d’autres vinrent au monde prématurément.

Une femme avec un bébé dans les bras regardait passer les soldats ; l’un d’eux lui demanda à boire. Quand elle revint avec de l’eau, s’aper. cevant qu’ils trafnaient avec eux un groupe de prisonniers, elle leur dit : “ Au lieu de vous donner à boire, c’est des Coups de fusil que vous mériteriez.” Le témoin de cette scène vit alors

un des Allemands lever son revolver et d'un

"seul coup tuer la femme et l'enfant.

Sur le grand chemin qui va de Québec à C.. = un détachement allemand s'arrêta devant une Pauvre maison de ferme, et, comme personne ne

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