ÉPILOGUE 247 a
— Et c’est ce qu’elle fait, riposta Smythe.
Au moment où je vous parle, nous lui devons la vie, tous tant que nous sommes, vous le premier, monsieur le curé... :
— Comment cela ? se récria-t-on.
— C’est bien simple. Si la flotte anglaise n'avait pas été prête, au moment même de la déclaration de guerre, à embouteiller les escadres de Von Tirpitz au fand de la mer du Nord, dix jours après des croiseurs allemands remontaient le Saint-Laurent, leurs gros krupp démolissaient nos villages, leurs bandes se répandaient dans nos campagnes, massacraient les non-combattants, à commencer par les curés, pour lesquels le Prussien a un faible tout particulier, vous savez.
— Brr ! fit la bonne madame Meunier.
Le bon abbé accueillit cette boutade ad homsem avec un sourire plein de mansuétude.
— N’empêche, monsieur Smythe, dit-il, que Vos compatriotes ont bien mauvaise grâce à nous reprocher l'indifférence et l’apathie après nous y avoir poussés malgré nous ? Pourquoi découragez-vous de parti pris notre bonne vo-
lonté, notre loyale coopération au bien commun ? Pourquoi vous montrer ici, en Canada, moins tolérants que les grands hommes d'Etat qui dirigent les destinées de l’Empire Britannique ? Pourquoi cet entêtement à exiger l’unité absolue de langue ici, quand vous savez parfaitement que ceux qui gouvernent ce vaste Empire n’ont jamais même songé à l’imposer aux 400 millions d’âmes qui l’habitent ?—Vous savez, Monsieur Smythe, qu'avant 1912 les écoles françaises et allemandes d’Ontario étaient sur un pied d’égalité devant la loi, régies par le même texte de règlement. Le gouvernement a alors édicté une nouvelle ordonnance d’exception et de restriction, mais pour les écoles française seules; c’est-à-dire qu’à l’heure où les Français et les Anglais se défendent comme des lions contre la barbarie prussienne, la langue allemande a la préférence sur le français, les immigrants venus d'Allemagne continuent à jouir de privilèges qu’on enlève aux descendants de ceux qui “ont ouvert ce pays. Convenez que c’est un peu raide...
— Là-dessus, je suis entièrement de votre