ÉPILOGUE
avis, Monsieur le Curé, dit Belmont. Voyons, Jimmy, ce que tu viens d'entendre ne fouettet-il pas ton vieux sang saxon?
— Ontario n’a qu’une langue officielle, balbutia l’interpellé, visiblement embarrassé,
— Ne te dérobe Pas ainsi, confrère, insista Paul. Il ne ss it pas ici de langue officielle, mais de la langue des écoles. Pourquoi cet acharnement exclusif contre le français? On u'a pas peur à ce point d’une race inférieure. Craignez-vous qu’elle vous monte sur le dos ? Ou encore, répugnez-vous à vous instruire ?
L’homme qui sait deux langues est moins ignorant que celui d’en parle qu’une. Toi, par exemple, qui t’exprimes aussi bien en français que dans ta langue Maternelle, ne te crois-tu Pas supérieur à ce Pauvre esprit de l'Ouest, qui écrivait dernièrement une lettre insultante à un négociant de Montréal parce que celui-ci Par mégarde lui avait envoyé une circulaire imprimée en français? L'effet du chiffon rouge sur le dindon ! Allons, mon cher con-
frère, prends ta plus fine plume pour persuader aux Anglais de l'Ouest qu'ils ont aujourd’hui la chance de leur Ve.
Apres
— Laquelle? demanda Jimmy, les oreilles un peu à pic.
— Celle de montrer qu’ils ont de la grandeur d'âme. Celle de faire l’une de ces beaux gestes qui honorent une race, une de ces nobles actions qui scintillent comme des étoiles sur le fond lugubre de leur histoire. Depuis un siècle surtout, les annales de la Grande-Bretagne sont pleines de ces actes magnanimes: elle a donné au Sud-Africain le self-government comme nous l’avons ici; elle se bat aujourd’hui pour la liberté des nationalités. Voyons, mon cher Smythe, la main sur la conscience, penses-tu le moment bien choisi pour imposer de force à nos compatriotes des autres provinces des règlements et des lois vexatoires à propos de petites écoles, dans le temps même où les fils de France et d'Angleterre versent généreusement leur sang côte à côte sur les mêmes champs de bataille ?
— Vous perdez le droit de parler ainsi, riposta Smythe, en marchandant votre loyauté sur cette insignifiante affaire d’écoles primaires.
— Il n’y a pas de marchandage, intervint tranquillement le curé. Nos réclamations