‹ Similia similibus, ou, La Guerre au CanadaChapitre 19 sur 20 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

datent de longtemps avant la guerre. La preuve que nous sommes raisonnables, c'est que nous accepterions le status quo ante en attendant le rétablissement de la paix. Nous nous en rapportons à justice.

— Oui, dit l'Anglais, froidement sarcastique, vous en avez parmi vous qui sont bien d'arrangement. Après avoir poussé votre populo à l'exaspération, ils sont les premiers à accepter le bâillon, pourvu qu'il soit doré. . .

Le marié, affectant d'imiter le flegme de son ami, répondit. d'un ton dégagé:

— Que veux-tu ? chacun a ses faiblesses. Vous autres, par exemple, vous avez la manie de singer la raideur prussienne. Comme vos modèles d'Allemagne, prenez garde de casser. Vous les connaissez maintenant: ce sont des orgueilleux déséquilibrés qui ne négligent rien pour se faire détester, et ensuite s'étonnent de ce que personne ne les aime. Pourquoi persister à imiter ces insensés ? Dégelez-vous un peu, vous y gagnerez, mes amis les Anglais ! Pourquoi vous modeler sur l'Allemagne quand vous avez bien mieux dans votre Old Country ? Vous êtes moins britanni-

ques que beaucoup d'entre nous Canadiensfrançais. En matières économiques, et en bien d'autres, vous ne parlez pas la même langue que vos cousins d'Angleterre; à Londres, on ne vous comprend pas du tout quand vous parlez commerce. Eux sont pour la liberté des échanges; ici, vous êtes pour la restriction; vous croyez à la balance du commerce, eux s'en moquent; votre idéal est de vendre sans acheter, eux achètent pour vendre, ils ont adopté cette tactique depuis trois quarts de siècle, et leur commerce couvre le globe, pendant que vous vous empêtrez dans vos écheveaux tarifaires, source de complications internationales qui menacent à tout instant de. vous mettre en guerre avec vos voisins. A cet égard, moi qui te parle, et bien d'autres de mes compatriotes, sommes plus proches parents d'Albion que la plupart de tes nationaux canadiens. En deux mots, nous sommes loyaux sujets britanniques; mais, note bien ceci, vous ne ferez jamais de nous des Anglais, pas plus que vous n'en avez fait des Ecossais et des Irlandais...

Et il s'arrêta un peu essoufflé de sa tirade. Le journaliste anglais, qui pouvait enfin placer

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