‹ Similia similibus, ou, La Guerre au CanadaChapitre 4 sur 20 · MOT D'ORDRE · texte numérisé non relu

MOT D'ORDRE

Citoyens ! vous êtes victimes d'un odieux guet-apens.

La ville est aux mains d'une horde de forbans. Pour le moment elle est sans défense.

Nos chefs officiels sont prisonniers, incapables d'agir.

La direction qu'ils ne peuvent nous donner, c'est à nous de la prendre.

Ce qu'il y a à faire d'ici à nouvel ordre, le voici en peu de mots :

" Taisez-vous ! Méfiez-vous ! Les oreilles ennemies vous écoutent." ®

Retournez .à vos occupations journalières. Evitez toute manifestation, toute dispute, tout esclandre. Surtout, gare aux agents provocateurs qui vous guettent au passage.

Patience vient à bout de violence : voilà le mot d'ordre.

Courage ! on veille sur vous.

Restez tranquilles, et attendez !

Le secours viendra. Il s'en vient !

Le Comité des Vigilants.

® Copie textuelle d'un avis placardé par toute la France pendant la guerre, par ordre du gouvernement.

Et au-dessous de la signature, cette petite note :

" Détruisez cet avis après l'avoir gravé dans votre mémoire, et passez le mot d'ordre à vos amis ".

— Begadl s'écria l'Anglais, c'est exactement ce que j'avais en tête. Je me disais justement que, puisqu'il n'y avait personne au gouvernail, il fallait que quelqu'un prît la barre. Pourquoi pas nous deux ?

— C'est cela, dit Paul. Seulement, il faudra gouverner dans l'ombre.

— Power behind the throne, fit Jimmy gaiement.

— C'est souvent celui-là qui est le plus à craindre, ajouta Paul d'un ton grave. Et maintenant, ho ! les typos, à l'ouvrage !

Ce ne fut pas long. En un tour de main, le manifeste fut composé à la casse en autant de multiples qu'il y avait sur place de presses à pédale pour en faire le tirage.

Et voilà comment il se fait que, de grand matin, à la place de la gazette absente, la plupart des dix mille ménages logés en ville recevaient ce sage avertissement qui semblait tomber du

ciel, mais qui en réalité, sous l'apparence inoffensive d'une feuille volante de commerce, avait été adroitement distribué par des commissionnaires en chair et en os sans éveiller les soupçons de la patrouille.

Après l'avoir lu attentivement, en avoir bien pesé le sens, on avait grand soin de le jeter au feu, en bénissant du fond du cœur le bon génie invisible qui se dévouait ainsi pour le salut commun.

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