‹ Simon de Montfort, comte de Leicester: comte de Leicester, sa vie (120?-1265Chapitre 107 sur 232 · Stubbs, 5e/. Ch · texte numérisé non relu

Stubbs, 5e/. Ch

2. Par exemple en 1244 et en 1256. Cf. Mat. Paris, IV, 350; V, 540.

source de revenus? Comme souverain féodal qui avait donné en âef une partie de ses domaines au clergé ; comme chef d'état obligé d'entretenir les services publics, et de récompenser les clercs qu'il y employait, le roi devait nécessairement, du moment que les élections étaient libres, et que les évêques et archevêques étaient élus par les chapitres, les abbés et prieurs par les moines, chercher à exercer sur ces élections une influence favorable à ses intérêts. C'est ce qui ne manqua pas d'arriver. En fait on peut dire que le fils de Jean sans Terre était le maître des élections.

Une élection d'évêque ou d'abbé ne laissait pas en effet d'être compliquée. Il fallait d'abord demander au roi le permis d'élire; l'élection {electio, postulatio^) une fois faite, il fallait qu'il l'approuvât; si le pape la confirmait, le nouvel élu devait prêter au roi le serment de fidélité avant de pouvoir administrer son diocèse, par exemple, si c'était un évâque, au spirituel comme au temporel. Sans doute le roi, s'il refusait soit de la confirmer, soit de recevoir le serment de fidélité, si enfin il prenait tout simplement le parti de casser une élection, devait donner ses motifs; mais, quand on n'a pas de bonnes raisons, l'on en donne de mauvaises, et quand on est roi, on trouve le moyen de les faire accepter.

Un ou deux exemples feront mieux comprendre comment les choses se passaient, et quelle influence considérable le roi exerçait sur les élections ecclésiastiques.

L'abbé de Saint-Alban venait de mourir (1235); on l'avait enterré le 27 février. Le même jour, trois moines de l'abbaye furent envoyés au roi pour obtenir de lui le droit d'élire librement leur abbé. Le roi y consentit. Un mois plus tard (27 mars), on réunit les a notables » de l'abbaye, c'est-à-dire les prieurs des prieurés {cellœ), et tous ceux qui devaient, voulaient et pouvaient assister aisément à l'élection. En séance solennelle, ils choisirent Jean de Hertford. Présenté au roi, le nouvel élu fut accueilli par lui favorablement. Puis deux clercs, moines de l'abbaye, furent envoyés à la cour de Rome, à laquelle il appartenait de confirmer l'élection faite suivant les règles; ils obtinrent sans

i. Il est intéressant de constater que ces deux expressions sont en effet le plus souvent synonymes.

peine cette confirmation ^ et revinrent avec la b(3nédidon apostolique; le nouvel abbé fut consacré sur-le-champ*.

Dans ce cas, nulle difficulté. Le chapitre de Winchester, pour ne parler que de lui, ne fut pas aussi heureux.

Ce siège était resté vacant par la mort de Pierre des Roches (9 juin 1238'). Le roi désirait avoir un homme à lui dans ce diocèse qui était un poste de confiance, et il proposa pour successeur au prélat défunt, qui était un Poitevin d'origine, un des oncles de la reine , Guillaume, déjà élu évêque de Valence (en Dauphiné). On disait de lui que c'était un « homme de sang » . Les moines de Winchester, auquel appartenait le droit d'éUre le prélat, refusèrent de le nommer. Ils allèrent trouver le roi, lui demandant la licence de procéder librement à l'élection. Après beaucoup d'hésitation, le roi la leur accorda. 11 apprit bientôt que les moines songeaient à nommer Guillaume de Raleigh, un des plus éminents jurisconsultes de l'époque, collaborateur de Martin de Pateshull et ami de Bracton, juge au Banc du roi *. Henri III s'indigna : « Vous avez refusé l'élu de Valence, dit-il aux délégués du couvent, parce que c'est, dites-vous, un homme de sang, et vous voulez élire Raleigh, qui a tué bien plus de gens avec sa langue , que l'autre avec son épée ! » Puis il déclara que jamais il ne consentirait à reconnaître Guillaume de Raleigh.

Néanmoins le couvent s'assemble pour procéder à l'élection. A cette nouvelle, le roi arrive; il entre dans la salle du chapitre; il demande avec des menaces que l'on choisisse sou oncle. Les moines effrayés cherchent un biais. Renonçant à leur candidat, ils demandent au roi, pour pasteur, Raoul de Ne ville, évêque de Chichester, chancelier d'Angleterre. L'élection faite, c'est sur ce dernier que retombe la colère du roi; il lui retire le grand sceau, le chasse de son conseil et de sa cour, le couvre d'injures, et traite d'imbéciles {fatuos) tous ceux qui l'avaient élu; puis il expédie deux légistes en cour de Rome et obtient à prix d'argent que l'élection soit cassée*.

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