‹ Simon de Montfort, comte de Leicester: comte de Leicester, sa vie (120?-1265Chapitre 122 sur 232 · Cf. Paris, V, 720; Annales de Dunstable, p · texte numérisé non relu

Cf. Paris, V, 720; Annales de Dunstable, p

Provisions d'Oxford par celles qui furent décrétées à Westminster l'année suivante* : les archevêques, évêques, abbés, prieurs, comtes, barons, les femmes ni les religieux, en vertu de l'art. 4, ne furent tenus d'assister aux tournées du shérîff, qui devra revenir aux pratiques autrefois suivies au temps des rois Richard et Jean. L'arbitraire des juges itinérants fut réprimé, et le pouvoir discrétionnaire qu'ils exerçaient de multiplier les amendes, renfermé dans de justes limites (art. 5, 13, 21, 22). De même la procédure à suivre devant les cours des barons fut réglée avec soin; les tenanciers libres ne furent tenus d'y paraître, que si cette obligation était expressément spéc^ée dans la charte d'inféodation. Personne autre que le roi et ses agents n'eut le droit, pour quelle cause que ce fût, d'opérer des saisies hors de son fief, ni sur la grande route royale, ni sur un chemin de commune circulation (art. 11); les crimes de faux ne pouvaient être jugés que par la cour du roi (art. 16).

Revenons aux Provisions d'Oxford. Les villes et les châteaux n'y étaient pas oubliés. Les capitaines des châteaux royaux devaient jurer « de les garder loyalement et en bonne foi, pour l'avantage du roi et de ses héritiers, de les rendre au roi et à ses hériliers, mais à nul autre » , et cela de l'aveu du Conseil, « c'est à savoir par prodes homes de la terre élus à son conseil ou par la majorité d'entre eux' » . — Quant à 1' « Échange » de Londres, il sera amendé, et l'on prendra des mesures réparatrices en faveur de la cité de Londres et autres cités du roi qui, « par taillages et autres oppressions, à honte et à destructions sont allées » .

Tel est en résumé ce qu'on appelle les Provisions d'Oxford' : un conseil privé élu parle Parlement; des ministres annuels, des shériffs pris parmi la petite noblesse des corn-

i. Stubbs, 5c/. CA.,p. 401.

2. Les Annales de Burton donnent les noms des « cheveteins chasteaus le roi, et de ceux ke les unt en garde ». On y trouve Hugues Bigod, capitaine de la Tour de Londres; Richard de Grey, capitaine de Douvres ; Nicolas des Meules, capitaine de Rochester et de Canterbury; Pierre de Montfort, capitaine de Bridgewater, etc.

3. D'autres articles décidaient que la situation de TËglise serait amendée par les Vingt-lquatre ■ quand ils verront temps et lieu »; que rhôtel du roi et celui de a reine seraient réorganisés ; que l'on réformerait la juiverie et les gardiens des juifs; que la garde des échoites serait donnée à des agents particuliers ou < escnaeturs >; il leur était interdit de rien prendre pour eux des biens qu'ils avaient en garde.

tés et nommés pour un an seulement ; la vénalité interdite et des traitements convenables promis aux fonctionnaires, tous les agents du gouvernement soumis à une surveillance régulière : d'aussi sages mesures ne méritaient pas qu'on traitât de « furieux » le Parlement d'Oxford. C'était, il est vrai, le triomphe du parti aristocratique sur les royalistes purs, les royalistes s'en sont vengés par une épithète infamante, mais parfaitement injuste.

On procéda sans retard à la nomination des Conseils * . Simon de Montfort fit partie à la fois du comité Réformateur (les 24) et du Conseil royal (les 15). Ils jurèrent « de ne se laisser ni fléchir, ni énerver par vie, ni par mort, ni par biens, ni par amour, ni par haine, de chasser les étrangers du royaume, où ils étaient nés et où étaient nés leurs ancêtres; enfin, de faire de bonnes lois w. Toute personne qui refuserait de marcher avec eux y serait contrainte par la force".

Le roi prêta le serment. Pour la septième fois, il jura la Grande Charte, et fit expédier dans tous les comtés des ordres pour qu'on obéît aux commissaires nommés à Oxford. Le prince Edouard jura aussi, mais du bout des lèvres. Henri fils du roi de Germanie refusa d'en faire autant sans la permission de son père. Quant aux frères du roi, il était évident qu'ils ne pouvaient reconnaître une révolution faite contre eux ; ils déclarèrent, « en attestant la mort et les plaies du Christ » , que, tant qu'ils vivraient, ils ne rendraient ni les châteaux, ni les revenus, ni les gardes que le roi leur avait donnés. « Eh bien ! s'écria le comte de Leicester en interpellant Guillaume de Valence, le plus forcené des opposants, sache que tu rendras ces châteaux, que tu tiens du roi% ou que tu perdras la vie ! »

1. Voyez plus haut les noms des élus, p. 161. Le 25 juin, le roi, par lettre individuelle adressée à chacun des quatre électeurs, leur mande de nommer les membres du conseil royal ; il s'engage en son nom et au nom de ses héritiers • à ne jamais leur en vouloir pour ces faits, ni à eux, ni à leurs enfants ». — Le 4 août, il fait connaître les noms des conseillers élus, et l'engagement qu'il a pris de les écouter. Shirley, Roy, letL, H, 127, 129.

2. Mat. Paris, V, 697. Paris semble ici traduire le texte même du serment tel que le donnent les Annales de Burton. Cf. Stubbs, p. 388.

3. Simon venait de rendre Kenilworth et Odiham ; mais non poin parce qu'il était, lui aussi, un étranger; M. Prothero s'est mépris sur ce point, p. 192.

Ces paroles furent vigoureusement appuyées par le reste des barons*.

Les frères du roi commencèrent alors à concevoir des craintes sérieuses. Résister les armes à la main, il n'y fallait pas songer, car « tout le peuple, même les nonnobles » , serait venu les assiéger dans leurs places fortes et ils auraient été pris ou seraient morts de faim. Aussi s'enfuirent-ils en toute hâte, et, sans épargner le flanc de leurs montures, ils se dirigèrent droit vers Winchester où ils avaient mis tout leur espoir. De leur côté les barons, après avoir nommé Hugues Bigod justicier, se mirent avec tous leurs gens à la poursuite des fuyards; et le Parlement d'Oxford se termina ainsi brusquement*.

Pour sauver la liberté ou la vie de ses frères, le roi n'eut d'autre ressource que de consentir officiellement à leur exil. Ils quittèrent en effet l'Angleterre le 18 juillet; un sauf-conduit les protégea jusqu'à Douvres où ils s'embarquèrent*; mais arrivés à Boulogne, ils furent étroitement bloqués dans la ville par le fils aîné de Simon de Montfort, Henri, qui les avait suivis de près, et qui n'eut pas de peine à trouver des soldats, dans un pays où son père était connu depuis longtemps et où il avait fait plus d'une fois des levées d'hommes et de chevaux. Les Lusignan parvinrent cependant à s'échapper, et à rentrer chez eux sans autres incidents *.

1. En effet on trouve au rôle des lettres patentes trois actes des 22, 23 juin et 27 juillet 1258, nommant à quinze emplois de capitaines de châteaux. La place de Winchester est donnée en garde a Simon de Monfort (22 juin). Rot. pat, Anno 42, m. 6.

2. Tout ce récit est donné par M. Paris, V, 697. Il concorde d'ailleurs avec ce qu*on trouve dans les Annales de Tewkesbury, p. 164; de Dunstable, p. 209; de Worcester, p. 449; de Winchester, p. 100; de Waverley, p. 350. • Intolerabili fastu superbie in Angles sevientes •, disent des étrangers ces dernières annales.

3. Rymer, à la date du 5 juillet. L'évêc[ue de Londres « dans le sein de qui repjosait l'espoir des "barons » , quitta aussi l'Angleterre à ce moment. Paris, V, 705.

4. Mathieu Paris, V, 710. Leur trésor fut saisi à Douvres, par Richard de Grey, un des Quinze du conseil royal, et au Temple Neuf de Londres. Paris, V, 704, 713. Gui de Luzignan avait été nommé par le prince Edouard gouverneur d'Oléron ; les gens de cette île reçurent Tordre de s'opposer, môme par la force, à l'arrivée de Gui, et le roi défendit à son fils de nommer le sénéchal de Gascogne sans l'aveu du conseil. Rot. pat.^ anno 42, m. 5, à la date des 28 et 29 juin; anno 43, m. 15, en octobre. Rot. Clans., anno 42, m. 5, d., à la aate du 22 juillet. Cf.

Ce n'était pas tout. Au nombre des bannis était révêque, non encore consacré il est vrai, de Winchester : Aimar de Valence. Nul parmi les Poitevins n'était plus odieux aux barons et ne fut persécuté avec plus d'acharnement par les vainqueurs. Nous avons une lettre des barons au pape Alexandre IV pour le supplier d'interdire à cet évêque le retour dans son diocèse. Aucun autre témoignage ne nous atteste avec autant de vivacité l'extrême irritation de la noblesse anglaise, aucun autre document ne résume en traits plus saisissants les graves événements des derniers mois ; il n'est donc pas inutile de le reproduire ici.

« Au très-saint père et seigneur Alexandre par la divine providence, souverain pontife de l'église universelle ^ la communauté des comtes, grands et autres du royaume d'Angleterre, avec l'humble soumission qui lui est due.

» Naguères et à plusieurs reprises vous nous avez fait avertir soit par vos lettres, soit par vénérable personne Arlot, sous-diacre, votre notaire, et vous nous avez demandé de venir en aide à notre sire, l'illustre roi d'Angleterre, dans la poursuite du royaume de Sicile en lui fournissant des subsides. Bien que le roi notre sire ait entamé l'affaire sans nous avoir consultés, sans notre assentiment, bien plus, malgré notre répugnance et nos plaintes, cependant, pour prouver notre révérence envers le siège apostoUque et envers vous, nous avons fait réponse au roi que, s'il voulait réformer le royaume d'après les conseils de ses grands, si vous, de votre côté, vous consentiez à rendre moins lourdes les obligations contenues dans votre privilège et que nous sommes incapables de remplir, nous ferions tous les sacrifices possibles pour aider le roi à mener à bonne fin l'affaire qu'il avait commencée sans nous. D'ailleurs le susdit roi notre sire, se sentant impuissant à supporter le fardeau de cette entreprise, et voyant l'état lamentable de son royaume, a chargé expressément les grands et les barons d'accomplir les réformes demandées : une commission spéciale de vingt-quatre membres élus douze par le roi, et les

Rymer, à celle du 42 juillet. Voy. dans Mat. Paris, le départ de la femme de G. de Valence. V, 721, 726, l'arrestation de son sénéchal et les tourments qu'on lui fit subir dans la Tour de Londres, 726, 738.

t. Alexandre IV, 1254-1261,

douze autres par la communauté des grands, devait être nommée à cet effet et investie de pleins pouvoirs...

» Mais parmi les douze membres choisis du côté du roi furent nommés Télu de Winchester et ses frères; ledit évéque, oubUeux de son salut éternel, et tout occupé de troubler le royaume, encouragea le roi de tout son pouvoir à la résistance, et lui promit des sommes énormes, qui épuisèrent les ressources de l'église de Winchester, pour le décider à fausser son serment et à révoquer les Provisions, au grand détriment et préjudice irréparable de son royaume; puis, après avoir échoué de ce côté, il se tourna vers le prince Edouard et plusieurs des plus nobles barons du royaume, et les poussa autant qu'il fut en lui, à bouleverser le royaume, comme s'il avait conspiré pour la ruine irréparable de l'État; et l'on pourrait dire de lui : « Est vir qui turbavit terram et concussit regnum » ; mais ils ne purent, lui et ses frères, que retarder l'œuvre des Commissaires, non l'empêcher; plus en effet ils y apportèrent d'obstacles, plus les autres apportèrent de ferveur à leur travail de réformes, et montrèrent que l'union fait la force. Cependant les excès commis par ledit élu et ses frères furent si grands et si graves, que les plaintes des pauvres retentirent jusqu'au ciel; car leurs ministres et officiers — on les appellerait plutôt des assassins et des bandits — détroussaient les pauvres, dressaient aux simples des embûches, soutenaient les impies, opprimaient les innocents, se réjouissaient dans les calamités pubUques, faisaient leurs délices de voir les larmes des pauvres, la nudité des orphelins, l'oppression du peuple ; leur rage s'était déchaînée au point que leiu^ inférieurs ne pouvaient vivre sous eux, ni leurs égaux rester avec eux, ni leurs supérieurs se maintenir audessus d'eux.

» En conséquence, considérant que l'Etat est un corps entretenu par le bienfait de la divine providence, animé par la grâce de la souveraine justice, gouverné par la raison, et qu'il faut de l'harmonie entre les différentes parties d'un même corps, nous avons invité à plusieurs reprises et après de nombreux avis ledit évêque et ses frères, comme perturbateurs du repos et de la tranquilhté du royaume, et nous les avons fait sommer par le roi de comparaître en justice pour répondre à toutes les accusations lancées contre eux, suivant la coutume et les lois du royaume; et Ton

décida que deux d'entre eux à leur choix sortiraient du pays, que les deux autres donneraient des garanties s'ils voulaient rester, enfin qu'ils s'en iraient tous quatre, s'ils le jugeaient préférable. Mais, redoutant le châtiment qui attendait leura crimes, ils préférèrent quitter tous le royaume. Si aujourd'hui l'élu de Winchester, que nous rendons responsable de tous ces troubles, rentrait en Angleterre, sa présence pourrait détruire tout ce que notre solUcitude a élevé au prix de labeurs et de veilles infinis. Aussi est-ce la volonté de tous et l'ardent désir de chacun que cet auteur du schisme, cet homme de discorde et de scandale, ne se retrouve plus désormais parmi nous.

)) Ledit élu et ses frères avaient à ce point perverti l'esprit du roi et d'Edouard notre sire, que, non seulement les fautes restaient absolument impunies, mais, ce qui est pis encore, ce qu'on ne peut dire sans honte ni entendre sans terreur, si un plaideur traduisait l'un d'eux en justice, le roi, qui était tenu de punir le coupable et d'amender le délit, le nourrissait dans ses méfaits, s'emportait contre le plaignant, et, au lieu de lui être un juge compatissant, épousait les intérêts et les inimitiés du poursuivant. Ainsi appuyés parla puissance et la faveur royales, ils opprimaient ceux qu'ils voulaient, violaient les communautés et les libertés des éghses, blessaient les clercs, mettaient les gens en prison, au préjudice de la couronne à qui seule appartient ce droit, et, lâchant les rênes à leur dévergondage, ils n'admettaient d'autre règle à leur volonté que leurs passions. Si, ce qu'à Dieu ne plaise, ledit élu revenait en Angleterre, nous aurions sans doute à redouter des maux pires qu'auparavant ; aussi supplions-nous Votre Sainteté, avec toute l'aflfection dont nous sommes capables, d'enlever audit élu l'administration de l'église de Winchester qu'il doit à la munificence du SainInSiège. Il vaut mieux que cela se fasse sans scandale et de votre plein gré et que nous, vos dévoués serviteurs, nous ne soyons pas entraînés où nous ne voudrions pas; car la communauté du royaume est bien décidée à lui faire violence plutôt qu'à subir ses violences intolérables. En outre, ce serait ruineux pour le royaume et pour ses habitants, s'il percevait les revenus de son diocèse avec lesquels, à ce qu'assurent les gens bien informés, il est prêta infester le royaume. L'affaire pourra

certainement avoir lieu sans scandale, Très Saint-Père, car il n'a pas encore été sacré évêque.

» Sur toutes ces choses, nous vous prions d'écouter nos fondés de pouvoir, et de faire à nos demandes un accueil favorable*. »

Ce violent réquisitoire devait être porté à Rome par une ambassade composée de quatre chevaliers*; ils iraient exposer au pape, en tenues aussi succincts que possible, la cause des barons anglais, puis reviendraient dans le plus bref délai; en réalité, ce n'était donc pas une négociation qu'ils allaient entamer, mais plutôt porter un ultimatum. En ce même temps, mourut maître Bérard de Nimpha, originaire de la campagne romaine; c'était un clerc de Richard de Cornouailles, il avait été chargé de vendre à beaux deniers comptants la permission de ne pas partir à ceux qui avaient fait vœu d'aller à la Croisade, et, dans cette singulière mission, il avait déployé une ingénieuse rapacité [extortor nummonim argumeniosus). A sa mort, on trouva, dit-on, un coifre rempli de bulles en blanc et scellées d'avance; elles furent aussitôt saisies, et les ambassadeurs reçurent l'ordre de les emporter avec eux pour les montrer au pape. Enfin, pour les défrayer de leurs dépenses pendant la route, on leur partagea une somme de mille marcs qui appartenait à l' évêque de Winchester, mais que le vigilant gardien de Douvres, Richard de Grey, un des Quinze, avait su découvrir'. Ces ambassadeurs étaient précédés d'une lettre adressée par Henri III au pape, et que

1. Paris, Additamenta^ VI, 400. La lettre est attestée par Richard de Clare, comte de Gioucester et de Hereford, Simon de Montfort, Roger Bigod, maréchal d'Angleterre, Honfroi de Bohun, comte de Hertford et d'Essex, Guillaume d'Aumale, Jean de Plessis, comte de Warwick, Hugues Bigod, justicier, Pierre de Savoie, Jean, fils de Geoffroi, Jacques d'Audley, et Pierre de Montfort, t vice totius communitatis ». Cette lettre se trouve aussi dans Rymer. Voyez deux autres lettres des barons et la réponse du pape dans le vol. des Additam,, à la suite.

2. « Destinantur Romam quatuor milites fidèles et facundi >. Paris, Additam., VI, 405. Un d'eux, Pierre Branche, mourut à Paris; ibid. D'autre part, le pape, dans la lettre qu'il répondit aux barons, dit qu'il a reçu les archevêques d'Embrun et de Tarentaise (et non de Tarente, comme dit M. Luard, p. 410), maître Rostand son chapelain, et maître Jean Clarel, ainsi aue noble homme Guillaume de Huntintoft et frère Guillaume, de l'ordre de la milice du Temple c nuntios quos carissimus fiiius noster illustris rex Anglie ac vos etiam ad nostram presentiam destinastis » ,

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