‹ Simon de Montfort, comte de Leicester: comte de Leicester, sa vie (120?-1265Chapitre 123 sur 232 · Mat. Paris. V, 704, 707, 713, 716. VI · texte numérisé non relu

Mat. Paris. V, 704, 707, 713, 716. VI

les barons avaient certainement dictée (1*' août 1258)*. Le roi s'y exprimait ainsi : « La cité la mieux ordonnée, est-il écrit, est celle où chacun oublie ses intérêts personnels [pour ne songer qu'au bien de l'État]. Cette parole reçoit aujourd'hui une éclatante confirmation par la réforme et la réorganisation de notre royaume, car nos barons, négligeant leurs propres affaires pour les nôtres, travaillent de tout le pouvoir à nos aflRaires et à celles de notre royaume. Aujourd'hui, nous avons une constitution préparée par eux, qui nous est très profitable à nous et à nos hoirs. Aussi supplions-nous Votre Sérénité, avec toute l'affection dont nous sommes capable, de lui accorder la faveur du Saint- Siège apostolique, et de lui donner l'appui de votre autorité et de votre consentement*. »

Le pape répondit aux barons* par une lettre conçue en termes conciliants en apparence. Quant à la réforme du royaume, « si, comme on l'espère, elle a été faite et réglée pour la gloire de Dieu, l'exaltation de l'Église, l'honneur et l'intérêt du roi, l'avantage et la tranquillité du royaume, nous nous en réjouissons fort : c'est l'intention bien arrêtée de la sainte mère, l'Eglise romaine, de la favoriser et de Tappuyer » . Pour l'affaire de Sicile, le pape a pris Tavis de « tous ses frères » : et ceux-ci ont déclaré à l'unanimité que le roi d'Angleterre n'ayant rempli aucune des con-

i. Un mémorandum, consigné au rôle des lettres closes du mois d'août i258, déclare en effet que toutes les lettres, closes ou patentes, qui ont été écrites pour l'affaire de la cour de Rome, ont été rédigées par maître Rostand; c et que tout cela fut fait d'après le conseil de Simon, comte de Leicester, de Pierre de Savoie, de Jean comte de Warwick, de Jean Mansel trésorier d'York, de Jean fils de Geoffroi, de Pierre de Montfort, et autres du conseil du roi >. Rot. claus., anno 42, m. 4, d.

2. < Scriptum esse audivimus Quod illa cîvitas ordinatissima dîcitur, in (jua quisque proprios nescit affectus. Hoc hodie in reformatione et ordmacione regni nostri apertissime comprobatur. Nam nostri proceres et magnâtes, sua postponentes négocia propter nostra, suis spretis negociis, nostris et regni nostri invigilant toto posse. Unde, cum ordinacionem ipsorum noois et heredibus nostris plurimum fructuosam habeamus, gratam non immérité et acceptam, serenitati vestre cum omni affectione qua possumus, supplicamus quatinus favorem sedis apostolice hujusmodi ordinacioni dignemini impertiri, fulcientes eandem vestre auctoritatis robore et consensu. • (Bot. claus., anno 42, m. 4 d.).

3. « Nobilibus vîrîs consiliariis carissimi in Christo fîlii nostri illu»tris régis Ânglie ac ceteris proceribus et magnatibus regni Anglie >. Paris, VI, 41Ô.

ditions auxquelles ce royaume avait été donné à son fils, la cour de Rome était dégagée envers lui, et avait le droit de traiter avec d'autres personnes qui lui en offriraient de meilleures; elle ne l'avait pas encore fait, mais elle le ferait certainement, si le roi ne tenait pas ses engagements, et surtout s'il ne payait « intégralement » ses dettes envers l'Eglise. Enfin, « sur ce que les députés ont exposé en notre présence et en présence de nos frères contre l'évêque de Winchester, si c'est vrai, nous en sommes très chagrin et troublé, car nous souhaitons que tous les fidèles du Christ, et surtout les hauts personnages ecclésiastiques se dirigent vers Dieu et marchent dans le sentier de ses commandements; mais comme aucun défenseur légitime ne s'est trouvé pour plaider devant le Saint-Siège la cause de l'élu, on n'a pu procéder juridiquement sur toutes ces choses » . La lettre se termine en faisant appel aux sentiments de fidélité et de respect dont les barons devaient être animés envers le roi, « très dévot et très chrétien prince » , et envers sa famille * .

En réalité, le pape n'accordait rien, ne promettait rien. Il faut reconnaître, d'ailleurs, que la lettre des barons ne pouvait arriver à Rome dans un plus mauvais moment. Jamais en effet l'affaire de Sicile (le pape le constate luimême) n'avait paru plus désespérée. Le soulèvement et le triomphe des barons portaient le dernier coup aux espérances que le Saint-Siège avait fondées sur l'Angleterre. Au même moment l'heureux Mainfroi prenait en grande pompe la couronne royale à Palerme (10 août 1258'). Aussi le pape ne voulut-il pas sacrifier Aimar de Valence : dix-huit mois plus tard, il le consacra de ses propres mains à Rome (16 mai 1260)'. Il rompait ainsi définitivement avec

f . Deux autres points sont encore traités dans cette lettre : les barons avaient prié le pape d'envoyer un légat pour traiter de la paix avec la France, et de la réforme du royaume d'Angleterre. Le pape répond qu'il désire ardemment la paix intérieure et extérieure d^ l'Angleterre, mais « comme il y a pfour le moment peu de cardinaux, et que, avant tout, il veut être mieux renseigné sur ce qui se passe en Angleterre, il croyait devoir différer l'envoi d'un légat ».

2. Mat. Paris, V, 722. La plupart des chroniqueurs donnent cette date du 10; Jamsilla, celle du II. Voy. Archivio storico per le provincie napoletane. Anno III, p. 47.

3. Il mourut le 4 décembre suivant. Voyez Stubbs, Episcopal succesêion in England, p. 44.

les barons anglais responsables d'avoir fait avorter Tentreprise dirigée contre la descendance de Frédéric IL Le clerc du pape, Arlot, ne tarda pas à s'en aller. A l'approche de l'Assomption (15 août), « voyant le royaume en tumulte, il quitta prudemment et sans rien dire l'Angleterre, attendant pour y revenir des jours meilleurs* » .

Les barons avaient satisfait leurs rancunes en chassant leurs ennemis et en les dépouillant de leurs biens* . Ils n'eurent garde de s'en tenir là. Us voyaient bien que les résolutions prises à Oxford ne terminaient pas les difficultés, mais commençaient une révolution : pour assurer leur victoire, il leur fallait des alliés, ils allèrent les chercher et les trouvèrent dans la bourgeoisie. Le 22 juillet, en effet, Simon de Montfort, sénéchal, le maréchal d'Angleterre, Jean fils de Geoffroi, et plusieurs autres barons députés par leurs collègues auprès de la cité de Londres, convoquèrent les bourgeois à Guildhall, et, leur présentant une charte scellée où le roi et le prince Edouard juraient d'observer les Provisions, ils leur demandèrent d'approuver cet acte à leur tour. Après avoir tenu conseil, les bourgeois y consentirent, et l'on appendit au bas de la charte le sceau de la commune. Plusieurs réunions eurent encore heu, soit au Temple-Neuf, soit ailleurs :les barons discutèrent avec les bourgeois les réformes nouvelles qu'il convenait d'introduire dans le gouvernement'. Ainsi, dèsle début de la révolution, et au moment où elle venait de briser avec Rome, la noblesse anglaise fait alliance avec ce pouvoir encore nouveau dans l'Etat, celui des villes, des « baronnies » municipales. C'est l'intérêt bien entendu qui les rapproche : les villes de communes étaient peu nombreuses ; le commerce qui les avait enrichies et affranchies avait besoin de protection contre un absolutisme capricieux; de même la noblesse n'était pas assez forte pour lutter seule contre l'arbitraire royal. Sans doute elle voulait occuper dans l'État une place prépondérante, et elle avait pris soin que les Provisions d'Oxford lui assurassent en effet le pouvoir, mais elle ne l'accaparait pas tout entier. Sous peine d'impuissance politique, elle ne devait pas être égoïste, comme en France

i. Paris, V, 713.

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