CHAPITRE m
Simon de Ment fort : ses biens en Angleterre et en France. — Sa vie privée; sa famille, ses amis, — Ses idées et ses projets.
Le comte de Leicester avait des terres nombreuses et d'importants revenus. On peut en indiquer trois sources principales : 1' Les terres qui composaient Y « honneur » de Leicester, et qui étaient attachées au titre de comte ; 2" les terres concédées à la comtesse Aliénor à raison de son douaire; 3* les rentes, pensions ou présents faits par le roi à son beau-frère ou à sa sœur. Il serait fort intéressant d'être exactement renseigné sur ces différents points; mais c'est à peine si les documents permettent encore aujourd'hui d'y porter une rare lumière.
P L'honneur fie Leicester. On sait le sens particulier qui s'attache à ce mot « honneur » en Angleterre . L'honneur n'est ni un fief ni une baronnie. Un fief est une concession de terre ou de revenu faite par un suzerain à son vassal, à charge de service mihtaire ; la forme la plus ordinaire du fief est le manoir, sur lequel je reviendrai plus loin. La baronnie est un grand fief mouvant immédiatement de la couronne royale ; elle forme un tout ; limitée à un seul comté, elle se transmet d'ordinaire à l'état indivis. L'honneur au contraire est morcelé ; il se compose d'un nombre plus ou moins considérable de fiefs situés d'ordinaire dans le territoire de plusieurs comtés. Le seigneur qui en est investi jouit de droits de justice importants : il y tient les plaids de la couronne, c'est-à-dire qu'il y exerce une juridiction étendue au correctionnel et au criminel * . Après la conquête, on comptait de 32,000 à 60,000 fiefs de chevaliers, dont les moindres devaient rapporter à leurs détenteurs vingt livres de revenu annuel ' ; Henri III, énumérant
1. Gneist, Verfassungsgeschichte. p. 122; Hartshorne, dans le Journal of brit, arch, Assoc, XX, 136.