‹ Simon de Montfort, comte de Leicester: comte de Leicester, sa vie (120?-1265Chapitre 70 sur 232 · Dugdale, Baronage, t. I, p · texte numérisé non relu

Dugdale, Baronage, t. I, p

Quincy, aux Clare, parmi lesquels il trouva autant de partisans que d'ennemis. Dans la famille royale, il jouissait de plus d'estime que de sympathie. On prisait son caractère énergique et résolu; on employait ses talents militaires, mais il était moins aimé que craint. La violence de ses emportements, ses intempérances de langage contribuèrent, au moins autant que son attitude frondeuse en politique, à indisposer contre lui son royal beau-frère, à qui cependant il devait tout. Brouillés pour l'aflFaire de Thomas de Savoie, irrités l'un contre l'autre dans l'expédition du Poitou en 1242, le procès gascon montra la profondeur de l'abîme qui séparait le roi du comte, la haine sourde de Henri III pour Simon de Montfort. Les conseillers intimes du roi entretinrent soigneusement chez leur maître ces dispositions rancunières. Jean Mansel surtout fut d'abord l'ennemi secret du comte de Leicester avant d'en être l'ennemi public le plus acharné*.

La reine ne semble pas avoir partagé tout d'abord l'animosité du roi contre Simon, Elle agit plus d'une fois en conciliatrice. Ses enfants et ceux du comte, au moins les deux aînés, Edouard et Henri, s'aimaient. Us étaient presque du même âge, ils avaient grandi ensemble ; ils devaient se trouver armés l'un contre l'autre à Evesham, mais il ne tint pas au prince Edouard que son cousin Henri ne fût épargné !

Avec les parents de la reine, les relations de Simon de Montfort paraissent avoir été d'abord assez cordiales. On vient de rappeler le nom de Thomas de Savoie ; le souvenir de la fâcheuse querelle que ce remuant personnage suscita au comte de Leicester ne paraît pas avoir empêché ce dernier de vivre en bonne intelligence avec le frère de Thomas, Pierre de Savoie, le « petit Charlemagne » . Dans les deux graves affaires de la Sicile et du traité de Paris, on les verra conseiUer au roi la même politique sage et modérée; à la veille du Parlement d'Oxford ils mettront encore en commun leur influence personnelle pour imposer au souverain une conduite moins arbitraire; mais Pierre de Savoie était un étranger : on lui en fera un crime, et

\ . Mat. Paris parle très souvent de ce personnage. Pour sa biographie, voir Foss, Judges of England, I, 391. Je l'ai résumée plus loin à mon tour.

Simon Tabandonnera sans regret apparent au ressentiment du parti national.

Tout autres furent les rapports de Simon avec les frères du roi. L'insolence des Lusignan faisait un singulier contraste avec la modération de Pierre de Savoie. La rapide fortune qu'ils avaient faite, l'influence pernicieuse qu'ils exerçaient sur l'esprit de Henri III leur avaient fait autant d'ennemis qu'elle leur donnait d'impertinente assurance. Guillaume de Valence et son frère Aimar, élu en 1250, à révêché de Winchester', mais non consacré parle pape, ont été au premier rang des adversaires du comte de Leicester. Un jour même, en plein Parlement, Guillaume et Simon faillirent en venir aux mains. « Ce Guillaume, parce qu'il était frère utérin du roi, se croyait tout permis contre ses voisins; une fois il ne craignit pas d'envahir les terres du comte de Leicester et de s'en retourner avec le butin qu'il y avait fait; mais le sénéchal du comte le lui reprit. Emporté par la colère, Guillaume accabla le comte d'injures, tant en faits qu'en paroles. La cause portée devant le roi, la querelle faillit exciter un combat. Car Guillaume, publiquement, en présence du roi et des grands, lui donna un démenti et l'appela traître, ce qui est le plus sensible outrage qu'on puisse faire à un chevalier; le comte se jeta sur lui et l'eût percé de son épée si le roi ne s'était interposé à temps; mais désormais l'horreur de leur inimitié ne put être dissipée*. »

Ainsi auprès du roi et de son entourage Simon de Montfort rencontrait plus d'hostiUté que de sympathie ; ses amis, ses conseillers, ses maîtres, il les trouvait parmi ces membres du haut clergé et de la haute noblesse qui prétendaient réformer le gouvernement. Le comte de Leicester était avec eux de cœur et d'esprit. L'opposition des partis en lutte n'était pas seulement dans les individus, elle était aussi dans les idées ; le mouvement de 1258-65 a été une révolution à la fois théorique et pratique. Avant d'en aborder le récit, il importe de savoir exactement, d'une part, quels étaient les pouvoirs de la royauté, de l'autre, quels étaient les droits ou les prétentions des grands du royaume.

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